Les Alpes bavaroises forment la frontière sud spectaculaire de l’Allemagne — un rempart de pics calcaires qui surgit brusquement de vallées vertes peuplées d’églises à bulbes, de fermes peintes et de lacs si limpides qu’on peut compter les pierres au fond. C’est l’Allemagne de l’imaginaire, le paysage que Louis II tenta d’égaler avec ses châteaux de fantaisie. J’ai randonnée dans les Alpes françaises, les Pyrénées, les montagnes du centre du Mexique — et les Alpes bavaroises s’imposent, non par leur envergure (elles restent modestes à l’échelle alpine), mais par une densité de beauté au kilomètre carré qui confine à l’absurde.
Neuschwanstein est le plus célèbre des châteaux de Louis II — l’inspiration littérale de Walt Disney, perché sur un éperon rocheux au-dessus des gorges de la Pöllat, avec le lac Alpsee scintillant en contrebas. L’intérieur est théâtral : une grotte, une salle du trône jamais achevée, des fresques tirées des opéras de Wagner recouvrant chaque surface. Louis fut déclaré fou et mourut dans des circonstances mystérieuses avant que le château ne soit terminé. L’ironie veut que sa démence ait produit le bâtiment le plus visité d’Allemagne — plus d’un million quatre cent mille visiteurs par an viennent voir à quoi ressemble l’obsession d’un roi quand l’argent n’est pas un obstacle.

Mais les véritables trésors sont naturels. Le Zugspitze, point culminant d’Allemagne à 2 962 mètres, se rejoint en téléphérique pour des panoramas sur quatre pays — l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la Suisse les jours de grand ciel. Le sommet donne l’impression d’être au bout du monde, la roche s’effaçant brutalement vers l’Autriche d’un côté, le plateau bavarois s’étirant vers le nord en direction de Munich de l’autre. Le Königssee, lac en forme de fjord cerné de parois rocheuses verticales, se rejoint en barque électrique depuis Schönau — le capitaine coupe le moteur à mi-parcours et joue de la trompette, et l’écho rebondit sur les falaises en un parfait canon que le lac pratique depuis le XIXe siècle. Ça devrait être kitsch. L’acoustique le rend sublime.
Garmisch-Partenkirchen, la ville jumelle au pied du Zugspitze, mêle l’énergie d’une station de ski à la tradition bavaroise — façades peintes, boulangeries vendant du Lebkuchen, et un téléphérique qui vous dépose au-dessus de la limite des arbres en huit minutes. La randonnée y est de calibre mondial : des sentiers balisés traversent des alpages couverts de fleurs sauvages en juin, longent des cascades, mènent à des refuges où l’on sert du Kaiserschmarrn — la crêpe effilochée qui est la réponse de la Bavière à toute question sur quoi manger après une longue marche — arrosée d’une bière froide montée par câble de ravitaillement.

La Partnachklamm, une gorge près de Garmisch, est une promenade dans la géologie — la rivière a creusé un canyon étroit dans le calcaire, et le chemin suit les parois, parfois taillé dans la roche, l’eau grondant en dessous. En hiver, les cascades gèlent en rideaux de glace bleue. En été, les embruns maintiennent l’air dix degrés plus frais que les alpages d’en haut. Dans tous les cas, la gorge rappelle que ces montagnes ne sont pas un décor — elles sont un processus, toujours en cours, toujours en train de sculpter.

Quand y aller : De juin à septembre pour la randonnée et les alpages fleuris, quand les refuges sont ouverts et les sentiers dégagés. De décembre à mars pour le ski et les villages enneigés où les marchés de Noël ressemblent moins à du commerce qu’à une nécessité vitale — se rassembler autour de la chaleur et de la lumière parce que les montagnes l’exigent.