Le pont de l'Oyapock enjambant le large fleuve brun entre la Guyane française et le Brésil au crépuscule, avec la forêt sur les deux rives et des pirogues sur l'eau en contrebas
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Saint-Georges-de-l'Oyapock

"Le pont de l'Oyapock relie la France au Brésil. Ce qu'il unit vraiment est plus compliqué que ça."

J’ai traversé depuis le Brésil en pirogue, pas en pont, parce que la pirogue semblait plus juste. Le pont de l’Oyapock — inauguré en 2017 après des années de retard, reliant Oiapoque côté brésilien à Saint-Georges côté français — est architecturalement élégant et politiquement significatif et dans la pratique utilisé principalement par les camions. Les pirogues qui traversent ce fleuve depuis des siècles opèrent depuis une plage en amont, et le batelier qui m’a fait traverser a navigué le courant avec une mémoire corporelle qui faisait du pont quelque chose d’ornemental. La traversée prend peut-être quatre minutes. Quand la proue a raclé la plage du côté français, j’étais, techniquement, en Europe.

Saint-Georges-de-l’Oyapock est une petite ville — peut-être quatre mille habitants — qui porte son statut de territoire frontalier avec légèreté. Il y a des gendarmes français et une sous-préfecture et l’inévitable boulangerie, mais la ville s’oriente vers le fleuve avec un pragmatisme qui est antérieur aux structures administratives qui l’entourent. Les Teko — l’un des groupes amérindiens autochtones du haut Oyapock — vivent dans ce territoire depuis bien plus longtemps qu’aucune frontière coloniale n’a existé, et leur présence dans et autour de la ville donne à Saint-Georges une stratification que les bâtiments administratifs français seuls ne suggèreraient pas. Leur langue n’a rien à voir avec le français ni le portugais. Leur connaissance du fleuve et de la forêt au sud est la seule vraie carte de ce qui se trouve en amont.

Le front fluvial de Saint-Georges-de-l'Oyapock avec des pirogues sur le brun fleuve Oyapock et la ville brésilienne d'Oiapoque visible de l'autre côté de l'eau

Le marché de la ville est bilingue d’une façon spécifique et pratique — français et portugais brésilien, non pas pour le tourisme mais parce que les deux monnaies circulent et que la moitié des vendeurs vient d’Oiapoque. J’ai acheté du café à une femme brésilienne qui m’a dit qu’elle fait la traversée en pirogue chaque matin. J’ai acheté du pain de manioc à une femme teko qui ne parlait pas beaucoup de l’une ou l’autre langue mais m’a communiqué le prix avec deux doigts et un regard qui suggérait que la négociation n’était pas envisageable. J’ai mangé du poisson grillé à un stand au bord du fleuve en regardant l’Oyapock passer, large et brun, charriant le ruissellement de tout ce qui se trouve en amont.

Remonter le fleuve est la raison d’être ici sérieusement. L’Oyapock au-dessus de Saint-Georges est le couloir vers le Parc Amazonien de Guyane — pas de routes, des villages accessibles uniquement par voie d’eau, la forêt de plus en plus intacte à mesure qu’on avance vers le sud. Les excursions d’une journée atteignent les rapides du Saut Maripa, que les pirogues négocient avec une confiance alarmante, et au-delà la forêt se resserre et le fleuve se rétrécit et on commence à sentir le poids de ce qu’on a laissé derrière plutôt que de ce qui est devant. Je suis monté en amont une journée avec un guide teko qui parlait au fleuve en continu — pas de façon dramatique, juste doucement, comme on parle à quelque chose aux côtés de quoi on a grandi — et nous nous sommes retournés à un méandre où deux aras ont traversé le fleuve d’une rive à l’autre, leur couleur absurde sur l’eau grise.

Une pirogue teko naviguant des rapides sur le fleuve Oyapock en amont de Saint-Georges, entourée de forêt primaire dense sur les deux rives

Il y a une qualité à Saint-Georges que j’associe aux fins des choses — aux routes qui ont renoncé, aux cartes qui cessent d’être sûres d’elles-mêmes. Mais elle ne ressemble pas à une fin dans un sens de défaite. Le fleuve continue de couler. Les pirogues continuent de traverser. Les Teko lisent ce tronçon de fleuve depuis avant que quiconque n’y trace une ligne. Ce qui ressemble au bord de l’Europe est, d’un autre angle, le centre de quelque chose de bien plus ancien et de bien plus patient.

Quand y aller : La saison sèche de juillet à novembre offre les meilleures conditions fluviales pour les excursions en amont vers le Parc Amazonien. Saint-Georges est accessible toute l’année par route depuis Cayenne (environ 180 km, bitumé en grande partie), et le passage frontalier vers le Brésil fonctionne tous les jours. Organiser les guides en amont auprès de l’office de tourisme ou avec des opérateurs de la communauté teko.