The dramatic white chalk cliffs of Étretat against a grey-blue sea
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Normandy

"La lumière normande explique pourquoi les impressionnistes ont renoncé à peindre ailleurs."

La Normandie, c’est la France qui tourne son visage vers la Manche et devient quelque chose de plus silencieux, de plus vert, de plus mélancolique que le Sud. La lumière y est différente — plus douce, filtrée par des nuages qui roulent depuis l’Atlantique, changeant d’une minute à l’autre d’une façon qui a poussé Monet à planter son chevalet à Étretat et à Honfleur et à peindre la même scène quarante fois parce qu’elle n’était jamais tout à fait la même. J’ai grandi assez près pour venir en week-end, et la Normandie a été le premier endroit à m’apprendre que la France n’est pas un seul pays, mais plusieurs.

La Côte d’Albâtre est là où les falaises de craie tombent à pic dans la mer. Étretat, avec ses arches naturelles et son aiguille, est l’image carte postale, et elle mérite chaque photographie jamais prise d’elle. Mais longez le chemin de falaise vers le nord en direction de Fécamp et vous vous retrouverez seul avec les oiseaux de mer et le vent et un paysage qui fait comprendre pourquoi les Normands ont construit leurs bateaux et sont partis. Il y a quelque chose dans cette côte qui vous invite à rester et vous défie de partir en même temps.

Mont Saint-Michel rising from the tidal flats at dawn

Le Mont-Saint-Michel est le site le plus visité de France après Paris, et même la foule ne parvient pas à le diminuer. L’abbaye est posée sur un îlot de granit dans une baie où les marées comptent parmi les plus extrêmes d’Europe — la mer recule sur des kilomètres et revient à la vitesse d’un cheval au galop, dit-on. J’y suis allé trois fois. Chaque fois, j’ai gravi les ruelles médiévales jusqu’à l’église abbatiale au sommet et me suis arrêté dans le cloître à regarder la baie, et chaque fois j’ai trouvé impossible de croire que des êtres humains avaient bâti cela. L’ingénierie est médiévale. L’ambition, non.

Green Normandy countryside with apple trees and hedgerows

Les plages du Débarquement — Omaha, Utah, Juno, Gold, Sword — sont une expérience d’une tout autre nature. J’y suis allé pour la première fois avec mon grand-père, qui avait ses propres sentiments compliqués sur ce qui s’était passé ici en juin 1944. Le cimetière américain de Colleville-sur-Mer, c’est 9 387 croix blanches sur un promontoire dominant Omaha Beach, disposées avec une précision géométrique qui rend l’échelle des pertes lisible d’une façon que les chiffres seuls ne permettent pas. On y parle peu. Les visiteurs murmurent, ou se taisent. La plage en contrebas est large et plate et paraît ordinaire, et l’écart entre ce qu’on voit et ce qu’on sait qui s’y est passé est précisément là où réside tout.

Honfleur est le plus beau port du nord de la France, avec un Vieux Bassin bordé de maisons hautes et étroites que Boudin et Monet ont peintes et qui ressemblent encore exactement à ce qu’ils ont peint. Les restaurants de fruits de mer le long du quai servent des moules-frites et de la sole meunière. La Côte Fleurie s’étire vers l’est jusqu’à Deauville et Trouville — deux villes balnéaires jumelles séparées par une rivière et une distinction de classe que les Français trouvent infiniment amusante.

Quand y aller : De mai à septembre pour le meilleur temps, même si la Normandie est belle sous la pluie. L’anniversaire du Débarquement le 6 juin attire cérémonies et foules. Septembre offre la récolte des pommes et le début de la saison du cidre.