Bordeaux
"Bordeaux a passé des siècles à faire du vin et une décennie à se souvenir qu'elle était aussi une ville. Aujourd'hui, elle excelle dans les deux."
Bordeaux a été, pendant presque toute ma vie, une ville qu’on traversait pour aller dans les vignobles. Le centre était gris, les façades noircies par les gaz d’échappement, le front de fleuve industriel. Puis la ville a nettoyé ses immeubles en pierre calcaire, construit le Miroir d’Eau — un plan d’eau réfléchissant sur la Place de la Bourse qui est devenu l’un des endroits les plus photographiés de France —, ajouté un tramway, et s’est transformée en un endroit où les gens ont vraiment envie de venir. La transformation est sincère et remarquable. L’architecture du XVIIIe siècle, aujourd’hui d’un blanc doré éclatant, rivalise avec Paris. La scène gastronomique a explosé. Et le vin, bien sûr, a toujours été là.
Les régions viticoles qui entourent la ville sont une terre sacrée. Sur la Rive Gauche, le Médoc produit les grands Cabernets Sauvignons — Margaux, Pauillac, Saint-Julien, Saint-Estèphe — depuis des châteaux qui vont de modestes fermes à de véritables palais. Sur la Rive Droite, Saint-Émilion et Pomerol élaborent des assemblages à dominante Merlot d’une profondeur extraordinaire. J’ai grandi en entendant ces noms comme d’autres enfants entendent les noms des équipes de football, et visiter les domaines me procure encore un plaisir particulier que je soupçonne d’être à moitié un héritage culturel et à moitié simplement du bon vin.

Saint-Émilion mérite une journée entière. Le village médiéval — ruelles pavées en pente, une église monolithique taillée dans la roche, des vues depuis les remparts sur des vignes qui s’étendent à perte de vue — est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et l’un des plus beaux villages viticoles du monde. L’église souterraine, creusée par des moines au VIIIe siècle, vaut le tour guidé. Les macarons des boulangeries de la rue principale sont une spécialité inattendue — plus légers et plus orientés amande que la version parisienne.

De retour en ville, la Cité du Vin est un musée du vin logé dans un bâtiment qui ressemble à une carafe à décanter et qui contient des expositions parvenant à rendre la science et la culture du vin genuinement fascinantes, pour les experts comme pour les néophytes. La salle de dégustation au sommet, avec ses vues à 360 degrés sur la Garonne, est le meilleur endroit pour commencer son éducation bordelaise — ou, dans mon cas, pour continuer une initiation entamée à la table familiale quand j’étais probablement trop jeune pour ça.
La scène gastronomique puise dans l’Atlantique et dans la campagne : huîtres d’Arcachon, entrecôte bordelaise, canelés — ces petits gâteaux au rhum et à la vanille avec leur croûte caramélisée, signature sucrée de Bordeaux, que personne d’autre n’a jamais réussi à faire aussi bien.
Quand y aller : D’avril à juin pour la douceur du temps et les dégustations en primeur (avril). Septembre pour les vendanges. La fête du vin de Bordeaux en juin (biennale) investit l’intégralité du front de fleuve.