Stone houses and a Romanesque bell tower in Bonneval-sur-Arc, dusted with snow against the high alpine peaks of the Vanoise
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Bonneval-sur-Arc

"Le temps s'est arrêté ici quand la dernière voiture a fait demi-tour."

La route qui mène à Bonneval-sur-Arc se termine sur un parking. Ce n’est pas un hasard. Le village refuse les voitures depuis 1963, et le résultat est l’un des ensembles médiévaux les plus intacts de France — des murs de schiste brut noircis par des siècles d’hivers alpins, des toits de lourdes lauzes qui pèsent sur les bâtisses comme une pensée dont on n’arrive pas à se défaire, et d’étroits passages appelés rues qui s’insinuent entre les maisons avec la logique des chemins de chèvres plutôt que de l’urbanisme.

Nous sommes arrivés un jeudi de fin septembre, les randonneurs d’été déjà partis. L’odeur nous a frappés en premier : de la fumée de bois et un air froid chargé de quelque chose de minéral qui descendait des glaciers au-dessus, un parfum que je n’associe plus qu’à cet endroit.

Le village qui a refusé le siècle

Bonneval est à 1835 mètres, en tête du val de Haute Maurienne, dans l’ombre du col de l’Iseran. L’église Saint-Grat ancre le vieux village, son clocher carré aussi dépouillé que tout le reste ici — la beauté par la seule honnêteté de la matière, la pierre sur la pierre sans excuses. La plupart des maisons sont encore habitées toute l’année, et c’est important : ce n’est pas un village-musée. Les bûchers montent jusqu’aux rebords de fenêtres. Du linge apparaît certains matins. Un vieil homme nous a croisés rue des Glaciers sans daigner regarder nos appareils photo, et je lui en ai été reconnaissant.

Lia a trouvé le fromager presque par hasard — il n’y a pas d’enseigne, juste une porte en bois dans la ruelle principale, et à l’intérieur, des meules de Beaufort qui s’affinent sur des étagères de pin dans la pénombre. Nous avons acheté un morceau grand comme une brique et l’avons presque entièrement mangé ce soir-là avec du pain et une bouteille de Mondeuse du fond de la vallée. Le Beaufort d’ici a quelque chose que les versions de supermarché n’ont pas : une certaine âpreté en fin de bouche, comme si l’altitude l’avait concentré.

Au-dessus du village

Ce que je n’attendais pas, c’était la lumière après quatre heures. J’étais venu pour l’architecture médiévale et je suis resté pour tout autre chose. La route du col de l’Iseran, fermée à cette époque de l’année, passe au-dessus du village et offre un belvédère plongeant sur les toits de pierre avec la Pointe de Charbonnel qui se dresse derrière. Pendant peut-être trente minutes, le soleil a frappé les lauzes en lumière rasante et tout a pris la couleur du vieux miel — les murs, les toits, le torrent de fonte qui tranchait dans le pré en contrebas. Je suis resté là plus longtemps que je n’aurais dû et j’ai manqué le dîner.

La randonnée ici est sérieuse et peu balisée pour les visiteurs de passage. Nous nous en sommes tenus aux sentiers bas autour du village, de quoi rejoindre l’alpage où le bétail estival était déjà redescendu, l’herbe rase montrant encore ses chemins en longues lignes courbes à flanc de montagne.

Notes pratiques

Le village compte quelques gîtes et un hôtel, l’Auberge du Glacier. Tout ferme en octobre et rouvre en décembre pour la saison de ski. L’épicerie la plus proche est à Lanslebourg, à dix-huit kilomètres en aval — mieux vaut prévoir ses provisions.

Quand y aller : Fin septembre, pour la meilleure combinaison de ciel dégagé, de sentiers vides et de lumière automnale avant que les premières neiges ferment les hauts cols. Juillet et août sont les mois les plus fréquentés, mais même alors le village absorbe les visiteurs dans le calme.