Los Haitises
"Pagayer en kayak entre des tours de calcaire couvertes de forêt, c'était avancer à travers un rêve préhistorique."
Los Haitises est le paysage le plus étrange de la République Dominicaine. Nous avons pris un bateau depuis Sabana de la Mar vers une baie semée de mogotes — ces collines calcaires arrondies couvertes d’une végétation dense, qui surgissent de l’eau comme des sentinelles vertes. Les pélicans nichaient sur les parois rocheuses. Les frégates tournoyaient au-dessus. Les chenaux de mangrove entre les mogotes étaient étroits et silencieux, l’eau plate et sombre, les racines plongeant dans l’eau comme des doigts. J’ai vu des paysages karstiques au Vietnam et en Thaïlande, et Los Haitises possède cette même qualité ancienne et sculpturale — ce sentiment d’un territoire qui était déjà vieux quand les humains étaient encore nouveaux.

Nous sommes entrés dans des grottes où des pétroglyphes et pictogrammes taïnos couvraient les parois — des visages, des oiseaux, des motifs géométriques tracés par les habitants originels de l’île des siècles avant l’arrivée de Colomb. Les gravures étaient troublantes et belles, et notre guide en parlait avec la révérence qu’elles méritaient. Le peuple taïno appelait cet endroit « la terre des montagnes », et debout dans une grotte décorée de leur art, à écouter l’eau goutter du plafond calcaire, on ressent le poids d’une histoire qui précède tout ce que le récit colonial prétend être un commencement. Les pictogrammes de la Cueva de la Línea étaient les plus frappants — des visages aux yeux larges et aux corps géométriques tracés au charbon et à l’ocre, qui ont survécu d’une façon ou d’une autre à cinq siècles d’humidité caribéenne.

Nous avons pagayé à travers les tunnels de mangrove, observant les hérons et les martins-pêcheurs travailler les hauts-fonds, avant d’émerger en eau ouverte où les mogotes s’alignaient le long de la côte comme une chaîne de montagnes engloutie par la mer. Le silence dans les mangroves est le plus profond que j’aie connu dans la Caraïbe — pas de moteurs, pas de musique, aucun son humain. Seulement le clapotis de la pagaie, le chant des oiseaux, et de temps en temps l’éclaboussure de quelque chose d’invisible dans l’eau sombre sous la coque. La biodiversité est remarquable — Los Haitises abrite le hutia dominicain en voie de disparition, des lamantins dans les eaux côtières, et plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux dont le perroquet hispaniolan, endémique à l’île.

C’était l’endroit le plus visuellement étrange que nous ayons visité dans la Caraïbe, et celui qui s’est attardé le plus longtemps dans la mémoire. La combinaison d’une géologie ancienne, d’un art ancien et d’un silence ancien crée un lieu qui ressemble moins à un parc national qu’à une cathédrale bâtie par le temps.
Quand y aller : Toute l’année, bien que de décembre à avril la mer soit la plus calme et les conditions les plus sèches. Des excursions en bateau partent tous les jours depuis Samaná ou Sabana de la Mar. Le parc est tout aussi impressionnant sous la pluie — les mogotes dans la brume ont quelque chose d’envoûtant. À combiner avec un séjour sur la péninsule de Samaná pour le meilleur itinéraire.