
Un bourg colonial parfaitement préservé, figé dans l'ère du boom sucrier, où les rues pavées grimpent vers les montagnes de l'Escambray.
Trinidad est le bourg colonial le mieux préservé de Cuba, sa richesse construite sur le commerce du sucre des XVIIIe et XIXe siècles, sa conservation assurée par l’isolement économique qui a suivi. La Plaza Mayor en est le cœur — un ensemble de demeures en couleurs pastel, aujourd’hui reconverties en musées, entourant un jardin où les familles fondatrices de la ville étalaient autrefois leur prospérité. Le Museo Romántico et le Museo de Arquitectura occupent les plus belles maisons, leurs intérieurs figés dans un passé florissant.
Je suis arrivé à Trinidad en colectivo depuis Cienfuegos, coincé dans une Pontiac 1954 avec quatre autres passagers et un chauffeur qui a narré toute la route de montagne de l’Escambray comme un guide touristique qui se trouvait aussi être un excellent mécanicien. Le bourg s’est révélé progressivement — d’abord les toits de terre cuite vus d’en haut, puis les pavés sous les pieds, puis la certitude que tout ceci n’est pas une reconstruction. Ce sont les vraies rues, les vraies maisons, les vraies pierres que l’argent du sucre a posées il y a deux cents ans.

Les rues pavées grimpent abruptement depuis la place vers les montagnes de l’Escambray, dont les versants verts constituent l’arrière-plan de chaque panorama. En montant à pied devant l’Iglesia de la Santísima Trinidad, les vues s’ouvrent — des toits de terre cuite et de couleurs pastel qui dégringolent vers la Caraïbe, avec le mur vert de l’Escambray derrière. La Playa Ancón, à douze kilomètres, offre une plage caribéenne sans développement hôtelier. J’ai loué un vélo et j’y suis allé par une route bordée de fromagers, pour arriver sur une plage qui aurait coûté trois cents dollars la nuit n’importe où ailleurs dans la Caraïbe.
La Valle de los Ingenios voisine conserve les ruines de moulins à sucre et de quartiers d’esclaves — le socle sombre sous les jolies façades. La Tour Manaca Iznaga, construite pour que les propriétaires de plantations surveillent leurs travailleurs réduits en esclavage, offre aujourd’hui des vues panoramiques et une confrontation trouble avec cette beauté érigée sur la brutalité qui définit tant de villes coloniales.

Le soir, la Casa de la Música sur les marches de l’église se transforme en piste de danse à ciel ouvert où des orchestres de salsa jouent sous les étoiles et où toute la ville semble se donner rendez-vous. Je ne suis pas danseur — je suis français, ce qui signifie que j’ai des opinions sur le rythme mais une capacité limitée à les exprimer physiquement — mais la Casa de la Música de Trinidad à minuit m’a fait oublier tout ça. La musique est si bonne, le rhum si bon marché, et l’énergie si communicative que toute timidité devient sans objet.
La casa particular où je logeais était tenue par une institutrice à la retraite prénommée Marta qui cuisinait le petit-déjeuner comme s’il s’agissait d’une compétition — fruits tropicaux frais, œufs, café fort et un défilé de jus fraîchement pressés qui changeait chaque matin selon ce que le marché proposait. C’est l’arme secrète de Trinidad : l’hospitalité n’est pas professionnelle, elle est personnelle.

Quand y aller : De novembre à avril pour la saison sèche. Trinidad est chaude et humide toute l’année — le soir est le meilleur moment pour explorer.
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