San Andrés flotte dans les Caraïbes à 775 kilomètres du continent colombien, géographiquement plus proche du Nicaragua que de Carthagène, et ses eaux sont célèbres pour une raison qu’aucune photographie ne capture véritablement. La Mer aux Sept Couleurs passe par toutes les nuances de bleu et de vert imaginables — aigue-marine, turquoise, cobalt, sarcelle, émeraude, saphir, et quelque chose entre les deux qui n’a pas de nom — grâce aux profondeurs variables, au fond de sable blanc et au récif corallien environnant qui crée une palette qu’aucun artiste ne pourrait reproduire. J’ai loué une voiturette de golf — le mode de transport privilégié sur l’île — et j’ai fait le tour de la route côtière en une heure, m’arrêtant toutes les quelques minutes parce que l’eau avait encore changé de couleur et que je devais confirmer que je n’hallucinais pas.

Johnny Cay, un minuscule îlot au large accessible en dix minutes de bateau, offre des plages de carte postale bordées de cocotiers avec du reggae diffusé par des haut-parleurs accrochés dans les arbres. Le Hoyo Soplador — un évent naturel dans la roche corallienne à la pointe sud de l’île — projette l’eau vers le ciel quand les conditions le permettent, envoyant un geyser d’eau de mer à cinq mètres de hauteur tandis que les touristes crient et filment. C’est du spectacle, pur et simple, et l’île embrasse le spectacle sans prétention. La Piscinita, une piscine naturelle creusée dans la roche sur le côté ouest, est l’endroit où l’on fait du snorkeling avec des bancs de poissons tropicaux si denses et si proches qu’on pourrait les toucher — même s’il ne faut pas. Les jardins de corail sont sains et abondants, et la plongée ici — en particulier au Wall, un tombant vertical du récif — révèle un monde sous-marin caribéen en remarquable état de conservation.
La culture raizal est ce qui distingue San Andrés de toute autre destination balnéaire des Caraïbes. Les Raizals — descendants d’Africains réduits en esclavage, de colons britanniques et de migrants caribéens — ont leur propre langue créole, leurs propres églises protestantes dans un pays catholique, leur propre musique qui mêle calypso, reggae et soca, et leur propre cuisine construite autour de la noix de coco sous toutes ses formes. Le rondón, le plat signature, est un ragoût cuit lentement au lait de coco avec du poisson, du yucca, de la banane plantain, du fruit à pain et tout ce que la mer a offert ce jour-là. J’en ai mangé dans un petit restaurant tenu par des Raizals dans le quartier de San Luis — le côté moins touristique et plus authentique de l’île — et la femme qui l’a servi m’a dit que la recette venait de son arrière-grand-mère, arrivée de Jamaïque dans les années 1800.

Le snorkeling et la plongée révèlent des jardins de corail sains et des poissons tropicaux d’une abondance remarquable. Le rythme est lent, le rhum coule à flots — le coco loco, un cocktail servi dans une noix de coco entière avec du rhum, du citron vert et de la crème de coco, est la boisson officieuse de l’île — et les couchers de soleil depuis la côte ouest sont de classe mondiale, le ciel passant du doré au mandarine puis au violet tandis que le reggae joue et que la brise tiède porte l’odeur du poisson grillé depuis quelque part plus loin sur la plage. San Andrés n’est pas sophistiquée. Elle n’est pas exclusive. C’est une île caribéenne qui a décidé d’être joyeuse, et la joie est contagieuse.

Quand y aller : De janvier à avril pour les mers les plus calmes et les plus sèches. Octobre et novembre sont les mois les plus pluvieux. L’île est chaude et humide toute l’année.