Salento
"Salento est assez petit pour le traverser en dix minutes et assez intéressant pour y rester une semaine."
Salento est le genre de ville qui vous fait reconsidérer votre itinéraire. J’y suis venu pour deux nuits et j’en suis resté quatre, et je connais des gens qui prévoyaient quatre jours et qui sont encore là des mois plus tard, à enseigner l’anglais, à travailler dans une auberge ou simplement à exister dans le rythme doux que cet endroit impose à quiconque accepte de s’y laisser porter. Les balcons peints aux couleurs vives bordent la Calle Real — turquoise, jaune tournesol, rose corail — et la rue principale mène à un mirador avec des vues sur la vallée du Quindío si parfaitement composées qu’elles semblent avoir été arrangées pour une carte postale. Le rythme de vie correspond à l’égouttement lent d’un tinto parfaitement préparé, versé depuis un thermos par une femme au coin de la rue qui prend mille pesos et est là chaque matin depuis vingt ans.

Des fermes truitières et des fincas caféières parsèment les collines alentour, et la spécialité locale — la trucha, la truite arc-en-ciel servie grillée, frite, au beurre à l’ail, à la sauce coco, pratiquement de toutes les façons possibles — est aussi fiable que délicieuse. Un restaurant appelé Brunch de Salento la sert avec des patacones et du hogao, et j’y ai mangé trois fois sans le moindre regret. Le café est exceptionnel, bien sûr — on se trouve au cœur de l’Eje Cafetero, et même le café le plus ordinaire sert une tasse qui coûterait douze dollars à Brooklyn. Ici, elle coûte trois mille pesos et s’accompagne d’une vue sur les montagnes.
La Valle de Cocora est le joyau de Salento, et la randonnée y est incontournable. Le sentier en boucle vous emmène à travers des pâturages, par-dessus des ruisseaux sur des ponts de fortune, et dans une forêt nuageuse dense de broméliacées, d’orchidées et de colibris — j’en ai compté sept espèces en une seule heure, leurs corps iridescents fendant la brume comme des hallucinations. Puis la vallée s’ouvre, et les voilà : les palmiers de cire, l’arbre national de Colombie, qui poussent jusqu’à soixante mètres de haut, leurs fûts élancés s’élevant des pâturages vert émeraude comme les colonnes d’une cathédrale naturelle. L’échelle est difficile à saisir. Ce sont les palmiers les plus grands du monde, et debout sous eux dans la brume du matin, le silence rompu seulement par le chant des oiseaux et l’occasionnelle vache au loin, j’ai ressenti quelque chose qui ressemblait à de la révérence.

De retour en ville, les soirées sont faites pour le tejo — le jeu traditionnel colombien où l’on lance des disques en métal sur de petits sachets de poudre à canon qui explosent au contact. On y joue avec de la bière, on y joue bruyamment, et on y joue de tout âge, des adolescents aux grands-pères aux bras qui trahissent des décennies d’entraînement. Le bar de tejo en bordure de ville ne prend presque rien, la bière est fraîche, les explosions ponctuent chaque conversation, et avant la fin de la soirée vous aurez été adopté par un groupe de locaux qui insistent pour que vous reveniez demain. On rentre tôt sans effort. L’air de montagne, l’altitude, la fatigue satisfaisante d’une journée passée à marcher — Salento est un endroit qui vous apprend à bien dormir.

Quand y aller : De décembre à février et de juin à août pour des journées plus sèches. La vallée est souvent dans la brume — les randonnées tôt le matin offrent la meilleure visibilité.