Traditional Naxi rooftops in Lijiang with Jade Dragon Snow Mountain behind
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Yunnan

"La province où la Chine cesse d'être un seul pays pour en devenir vingt-cinq."

Le Yunnan, c’est la Chine dans toute sa diversité. La province s’étend à l’extrême sud-ouest, aux frontières de la Birmanie, du Laos et du Vietnam, et la géographie y passe de la jungle tropicale au sud au plateau tibétain au nord avec une vitesse qui semble géologiquement irresponsable. J’ai traversé la province en dix jours, et chaque matin je me réveillais dans ce qui ressemblait à un pays différent : l’architecture changeait, la nourriture changeait, les visages changeaient, l’altitude elle-même variait de plusieurs milliers de mètres. Le Yunnan n’est pas une destination. C’est un continent déguisé en province, et toute tentative de le parcourir rapidement relève de l’autosuggestion.

Lijiang

Lijiang, la vieille ville naxi, est un labyrinthe classé à l’UNESCO fait de canaux, de ponts en bois et de ruelles pavées, au pied de la Montagne de Neige du Dragon de Jade. Touristique, oui — le genre d’endroit où une boutique sur deux vend du yak séché et des écharpes teintes à la main —, mais d’une beauté indéniable, surtout à l’aube, avant que les foules n’arrivent. Je me suis promené dans les ruelles à six heures du matin, quand pour seule compagnie on avait le clapotis du canal et les commerçants balayant leur seuil, et la ville a révélé quelque chose qu’elle dissimule le reste du temps : une beauté authentique, habitée, que les étals de souvenirs ne parviennent pas tout à fait à étouffer. La culture naxi — société matrilinéaire dotée de son propre système d’écriture pictographique, le seul encore en usage dans le monde — se manifeste dans les spectacles musicaux, l’architecture et ces vieilles femmes qui arpentent ces rues comme si elles leur appartenaient, ce qui, historiquement, était le cas.

Traditional Naxi rooftops and canals in Lijiang old town

Les Gorges du Saut du Tigre

Les Gorges du Saut du Tigre, entre Lijiang et Shangri-La, forment l’un des canyons fluviaux les plus profonds au monde et l’une des grandes randonnées de plusieurs jours en Asie. Le sentier longe le rebord supérieur des gorges, avec le fleuve Yangtsé — ici appelé Jinsha — qui gronde en contrebas et les sommets enneigés du mont Haba qui s’élèvent au-dessus, à une échelle que la photographie ne peut pas rendre. Je l’ai parcouru en deux jours, logeant dans une pension perchée en bord de falaise où le propriétaire servait de la soupe de nouilles et de la bière, et la vue depuis la terrasse embrassait tout le canyon jusqu’à une muraille de roche qui montait à quatre mille mètres au-dessus de la rivière. Les vingt-huit lacets — la section la plus raide du chemin, une série de virages en épingle qui grimpent sans relâche sous la chaleur de midi — sont le genre d’épreuve qui fait que la bière fraîche au sommet a le goût d’un accomplissement mérité.

The dramatic depths of Tiger Leaping Gorge with mountains

Dali et Shangri-La

Dali, sur le lac Erhai, possède un charme plus discret : la vieille ville est nichée entre le lac et les montagnes Cangshan, avec des carrières de marbre, des villages de la minorité Bai et une atmosphère de voyage qui rappelle une époque antérieure du routard en Chine. Le marché matinal de la vieille ville vend des champignons, des herbes et un fromage bai qui évoque un croisement entre la halloumi et la mozzarella. Shangri-La s’avance en territoire tibétain, avec le vaste monastère de Songzanlin et le thé au beurre de yak qui remplace le thé vert des basses terres. Le monastère, souvent surnommé le Petit Potala, abrite plusieurs centaines de moines et s’étage sur une colline dominant une plaine si vaste et si vide qu’on comprend pourquoi les Tibétains ont bâti leur spiritualité autour de l’espace et du silence. L’air est rare ici — 3 200 mètres — et la lumière possède une clarté qui fait paraître les couleurs saturées, presque trop saturées, comme une photographie que la réalité elle-même aurait retouchée avec un zèle excessif.

Songzanlin Monastery on a hillside in Shangri-La

Quand y aller : De mars à mai et de septembre à novembre pour profiter du meilleur temps dans toute la province. L’été est la saison des moussons. L’hiver est froid au nord mais doux au sud — Kunming ne s’appelle pas la Ville du Printemps pour rien.