Chengdu
"La ville qui prouve que la nourriture épicée, le rythme lent et les pandas géants sont la formule du bonheur."
Chengdu est la ville que les Chinois citent quand on leur demande où ils aimeraient le plus vivre, et passer du temps ici rend la réponse évidente. Le rythme est plus lent qu’à Pékin ou Shanghai, les maisons de thé sont pleines à toute heure de gens qui ne semblent avoir aucune intention d’être ailleurs, et la nourriture — la cuisine du Sichuan, construite sur le piment et le picotement anesthésiant du poivre de Sichuan — est la cuisine régionale la plus addictive de Chine. J’ai mangé dans trente pays, et la cuisine sichuanaise est la seule qui m’ait donné envie de restructurer ma vie pour rester à proximité. Cette sensation engourdissante — ma la, comme ils l’appellent, « épicé-anesthésiant » — n’est pas de la douleur. C’est une fréquence. Elle recâble le palais, puis demande, poliment mais fermement, si l’on en veut encore.
Les Pandas
La Base de recherche pour l’élevage des pandas géants est l’attraction phare, et elle mérite sa réputation — voir un ourson panda tomber d’un tronc en mâchant du bambou est une expérience qui rend le cynisme temporairement impossible. Arrivez tôt, avant huit heures du matin, quand les pandas viennent d’être nourris et sont actifs, avant que les groupes de touristes ne débarquent. Les pandas roux, plus petits et moins célèbres, sont tout aussi charmants et bien moins photographiés. J’ai passé trois heures sur le site, trois heures de plus que prévu dans ce que j’imaginais être un zoo glorifié. Ce n’en est pas un. Le travail de conservation est sérieux, les habitats sont vastes, et les pandas eux-mêmes sont d’une mignonnerie si absurde et si obstinée qu’on repart avec le sentiment que le monde n’est peut-être pas si mal après tout.

Le Hotpot et la Scène Culinaire
Le hotpot ici est un rituel : un chaudron bouillonnant d’huile cramoisie, de tripes, de racine de lotus et de bœuf tranché fin, partagé entre amis pendant deux heures et plusieurs bières. L’astuce réside dans la casserole double — une moitié rouge nucléaire, l’autre un bouillon délicat aux champignons pour ceux qui ont besoin d’une pause. On fait cuire soi-même ses ingrédients, en minutant chaque morceau avec la précision de quelqu’un qui désamorce une bombe, et la sauce trempette — huile de sésame, ail, coriandre, sauce aux huîtres — est une composition personnelle que l’on ajuste tout au long du repas. Chaque habitant de Chengdu a son opinion sur où manger le hotpot, et chacun d’eux a raison. Le mapo tofu ici, l’original, ne ressemble en rien à la version terne qu’on sert en dehors du Sichuan — c’est un bloc de soie frémissant dans une sauce qui rayonne d’huile de piment, et la première bouchée réorganise entièrement ce que vous croyiez savoir sur le tofu.

Maisons de Thé et Alentours
Le vieux quartier autour de la rue Jinli et du monastère Wenshu offre une architecture traditionnelle, des snacks de rue et un spectacle d’opéra du Sichuan où le numéro de changement de visage — bian lian, des masques échangés en un clin d’œil par une technique qui demeure un secret d’État — est franchement déconcertant. Mais la vraie Chengdu se trouve dans les maisons de thé : celle du Parc du Peuple, où des couples jouent au mahjong et des nettoyeurs d’oreilles proposent leurs improbables services, est ce qui se rapproche le plus de comprendre ce que cette ville valorise vraiment. Le temps. La compagnie. Une tasse de thé au jasmin sans fond. Et Chengdu est la porte d’entrée vers l’ouest du Sichuan — le plateau tibétain, le mont Emei avec ses temples bouddhistes sacrés, et les lacs bleus surréels de la vallée de Jiuzhaigou sont tous à portée de main.

Quand y aller : De mars à juin et de septembre à novembre pour un temps doux. Les étés sont chauds et humides. Les hivers sont gris et pluvieux, mais le hotpot a encore meilleur goût quand il fait froid dehors.