Des nageurs flottant dans l'eau turquoise lumineuse du Poço Azul, éclairés par des rayons de lumière naturelle traversant le plafond
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Poço Azul

"L'eau est si claire qu'on oublie que c'est de l'eau. On flotte dans la lumière."

L’entrée est sans prétention — une fissure dans une colline, le genre de crevasse qu’on passerait sans un second regard n’importe quel autre jour. On se penche pour entrer et la température chute immédiatement, la chaleur du cerrado laissée derrière au seuil comme quelque chose qu’on a mis au vestiaire. Le passage est assez étroit pour effleurer les deux épaules, puis il s’ouvre, et puis il y a l’eau.

Le Poço Azul se trouve à l’intérieur d’une grotte calcaire dans la municipalité de Miguel Calmon, à environ une heure de Lençóis en voiture. Le bassin est naturel, alimenté par une source souterraine, et à peu près ovale — peut-être quarante mètres dans sa plus grande longueur. Toute cette géométrie cesse d’avoir de l’importance dès qu’on voit la couleur. Entre dix heures du matin et deux heures de l’après-midi, la lumière du soleil entre par une fissure dans le plafond de la grotte très haut au-dessus et descend à travers l’eau selon un angle qui la réfracte en quelque chose qui n’existe pas dans la lumière normale de surface : un turquoise si saturé qu’il paraît artificiel, si clair qu’on peut lire le fond à quinze mètres de profondeur comme si on lisait une page. Les galets, les formations calcaires immergées, les légères ombres des autres nageurs — tout est visible, net et d’un bleu impossible.

L'entrée de la grotte du Poço Azul avec une lumière bleu pâle se déversant depuis l'entrée vers la végétation environnante

On porte un gilet de sauvetage — obligatoire — et on flotte. C’est essentiellement l’activité. Il n’y a pas de courants, pas de vagues, pas d’exigences. L’eau est assez froide pour surprendre mais pas au point de vous chasser rapidement, et après la première minute le corps s’adapte et on se retrouve à flotter dans cette lumière extraordinaire avec très peu à faire sinon y exister. Je me suis immobilisé au milieu du bassin, regardant le fond à travers quinze mètres d’eau illuminée, conscient de quelque chose très proche de la sensation de flotter dans l’espace. Plusieurs personnes autour de moi avaient la même expression vitrée et légèrement dépassée de gens qui ont rencontré quelque chose pour lequel ils n’étaient pas suffisamment préparés.

Les guides sont précis sur les horaires. Venir avant dix heures et la lumière est mauvaise — l’angle magique n’a pas encore été atteint. Venir après deux heures et c’est raté ; la grotte retrouve son obscurité plus ordinaire. Cette fenêtre de deux heures explique pourquoi le Poço Azul fonctionne selon un horaire strict, avec des groupes entrant et sortant par rotation. La file d’attente dehors dans la chaleur du cerrado peut être pénible, mais au moment où on se glisse dans l’eau, on oublie qu’on était agacé. On oublie la plupart des choses, en fait. La qualité de l’expérience a une façon de déplacer les pensées ordinaires.

Regarder vers le haut à travers la colonne d'eau turquoise du Poço Azul vers le rayon de lumière solaire entrant depuis le plafond de la grotte au-dessus

Le Poço Azul est proche de son site jumeau le Poço Encantado, accessible mais non nageable — on le contemple depuis une passerelle en surplomb. Les deux valent le détour, mais si le temps impose un choix, nagez dans le Poço Azul. Observer, c’est beau. Nager, c’est tout autre chose.

Quand y aller : Les meilleurs mois sont juin à septembre, quand la saison sèche maintient la clarté de l’eau au maximum. La fenêtre de lumière magique est de dix heures du matin à deux heures de l’après-midi, quelle que soit la période de l’année — mais plus tôt dans cette fenêtre, meilleur est l’angle. Réservez à l’avance ; la limite journalière de visiteurs se remplit pendant les vacances de juillet et août.