Les maisons à colombages de Chalon-sur-Saône reflétées dans les larges eaux de la Saône à l'heure bleue
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Chalon-sur-Saône

"La photographie a été inventée ici par un homme qui avait besoin de 8 heures de pose. J'y ai pensé en photographiant la rivière au deux-centième de seconde."

Chalon-sur-Saône, c’est là où la Saône s’élargit et devient quelque chose qu’on perçoit. Au nord d’ici la rivière est plus étroite et plus secrète ; à Chalon elle s’ouvre jusqu’à devenir une vraie voie navigable, assez large pour transporter des barges de fret et les longues péniches plates de la communauté fluviale qui stationne le long des quais toute l’année. Je suis arrivé du nord par la D974 — la fameuse route des vins qui longe vignoble après vignoble — et la transition des coteaux resserrés de la Côte d’Or vers la large plaine fluviale a ressemblé à une sortie d’un couloir dans une pièce.

La ville ne reçoit pas l’attention qu’elle mérite. La plupart des visiteurs du sud de la Bourgogne se dirigent vers Beaune ou le Mâconnais et traversent Chalon en chemin sans s’arrêter. C’est compréhensible mais c’est une erreur. Le vieux quartier — l’Île Saint-Laurent, une île dans la Saône reliée par deux ponts au continent — possède un dense ensemble d’architecture médiévale et Renaissance, les façades à colombages surplombant des rues étroites à la mode du nord de la France. La place centrale du marché, la Place Saint-Vincent, est ancrée par l’ancienne cathédrale et entourée de brasseries et de bars à vins au rez-de-chaussée, les étages supérieurs appartenant à la bourgeoisie sérieuse du XIXe siècle.

Les bâtiments médiévaux à colombages de l'Île Saint-Laurent à Chalon-sur-Saône par un tranquille mardi matin

La photographie est née ici, dans un sens technique très précis. Nicéphore Niépce, natif de Chalon, a produit la première image photographique permanente du monde en 1826 ou 1827 — une vue depuis sa fenêtre d’étage nécessitant huit heures de pose. Le Musée Nicéphore Niépce sur les bords de la rivière abrite son équipement survivant, sa correspondance, les plaques d’héliographie et une collection d’appareils photographiques qui retrace toute l’histoire du médium de 1826 à l’ère numérique. Il est logé dans un hôtel du XVIe siècle sur le Quai des Messageries avec la Saône visible par les fenêtres, et c’est l’un des meilleurs petits musées que j’aie visités en France — assez spécifique pour avoir une vraie profondeur, curé avec assez d’humour pour rester humain. J’y ai passé trois heures et en aurais passé quatre.

Les quais de la Saône sont l’infrastructure sociale de la ville. Le soir, surtout en été, les berges se remplissent du mouvement facile d’une ville qui n’est pas devenue trop précieuse avec ses espaces publics : des familles qui se promènent, des adolescents en rollers, un terrain de pétanque sous les platanes qui est férocement compétitif sans être théâtral. J’ai mangé une terrine de brochet dans un restaurant sur le quai, regardant passer une barge avec ses feux de position allumés dans le crépuscule. Le vin était un rouge de la Côte Chalonnaise de Givry, à environ douze kilomètres au sud — une appellation qui mérite plus de reconnaissance qu’elle n’en reçoit, les vins portant le caractère de la Côte d’Or à des prix considérablement plus accessibles.

Le Quai des Messageries à Chalon-sur-Saône au crépuscule avec le Musée Niépce éclairé et une barge de fret passant sur la Saône

Le carnaval — le Carnaval de Chalon — a lieu chaque février et est, selon plusieurs mesures, le deuxième plus grand carnaval de rue de France après celui de Nice. Je n’y ai pas assisté, mais les préparatifs que j’ai vus lors d’une visite en février étaient extraordinaires : des chars de la taille d’immeubles, des ateliers de costumes occupant des entrepôts entiers. La ville l’aborde avec le sérieux habituellement réservé au vin.

Quand y aller : Le carnaval de février est réputé si vous aimez ce genre d’exubérance orchestrée. De fin avril à octobre, c’est quand le front fluvial de la Saône est le plus animé. Septembre est le temps du vin — la vendange de la Côte Chalonnaise apporte de l’énergie aux villages alentour, et le marché de Chalon se remplit avec la saison.