Paraty
"Paraty, c'est ce qui arrive quand un village est trop beau pour se moderniser et trop têtu pour disparaître."
Paraty est l’un de ces endroits qui n’ont pas l’air d’exister au XXIe siècle. Un village colonial parfaitement conservé sur la Costa Verde, entre Rio et São Paulo, dont les ruelles pavées ont été construites sans mortier pour que les marées hautes puissent les traverser — un détail qui ressemble à une curiosité anecdotique jusqu’au moment où l’on se retrouve à marcher pieds nus dans l’eau jusqu’aux chevilles à minuit, un verre à la main, en réalisant que le village fait ça depuis trois cents ans.
Je suis arrivé en bus depuis Rio, quatre heures de trajet le long d’une côte si saisissante qu’elle m’a fait poser mon livre — la Serra do Mar plongeant abruptement dans l’Atlantique, la route taillée dans les falaises au-dessus de baies d’un vert impossible. Paraty se niche au bout de cette côte, là où les montagnes rejoignent la mer dans un enchevêtrement d’îles, de mangroves et de forêt atlantique. Le village lui-même est classé à l’UNESCO : édifices coloniaux blanchis à la chaux aux encadrements de fenêtres colorés, églises du XVIIIe siècle, et pas une seule voiture autorisée dans le centre historique.

La culture de la cachaça y est extraordinaire. Paraty a longtemps été une terre de production de cachaça — l’alcool distillé à partir de jus de canne à sucre frais — et la tradition perdure. La distillerie Cachaça Paratiana, à quelques minutes du centre, produit des spiritueux artisanaux vieillis dans des bois brésiliens natifs (amburana, jequitibá) aussi complexes que n’importe quel rhum ou whisky d’exception que j’aie goûté. Le festival littéraire FLIP, qui se tient en juillet, transforme le village en salon littéraire à ciel ouvert — lectures dans des cours coloniales, débats dans des églises, et cachaça à flots à chaque événement.
L’eau autour de Paraty est l’autre révélation. Des excursions en bateau partent chaque matin du port pour sillonner l’archipel d’îles et de plages isolées — Praia Vermelha, Praia da Lula, Ilha Comprida — où l’eau est chaude et limpide et la forêt descend jusqu’au sable. J’ai loué une petite embarcation pour la journée avec un capitaine local nommé Marcos qui connaissait chaque crique cachée, et nous avons jeté l’ancre devant une plage accessible uniquement par la mer, mangé du poisson grillé qu’il avait pêché le matin même, et flotté en silence.

La cuisine de Paraty s’appuie sur les fruits de mer et les traditions de la culture caiçara — les communautés côtières issues des populations indigènes, portugaises et africaines. Banana da Terra est le restaurant qui a mis Paraty sur la carte gastronomique — cuisine brésilienne créative dans une maison coloniale, avec un menu qui change au gré des apports des pêcheurs. Pour quelque chose de plus simple, les quiosques du front de mer servent du poisson frais, de la bière fraîche et une vue sur la baie qui ne demande aucun artifice.
La Piste de l’Or (Caminho do Ouro) est le joyau de la randonnée — un tronçon de l’ancien chemin colonial emprunté pour transporter l’or depuis le Minas Gerais jusqu’au port de Paraty. Le sentier pavé traverse une forêt dense, franchit des ruisseaux et longe des cascades où l’on peut se baigner. C’est une marche dans l’histoire, au sens propre.
Quand y aller : D’avril à juin et d’août à octobre. Juillet, c’est le festival FLIP — merveilleux mais bondé. Les mois d’été (de décembre à mars) sont chauds, humides et pluvieux, même si les orages de fin d’après-midi sont spectaculaires et que le village se vide le soir.