Forêt tropicale luxuriante s'étendant sur les contreforts du Mont Kinabalu à Sabah, Bornéo malaisien

Asie

Borneo

"Le dernier endroit sur terre où l'on se sent genuinement petit face à une forêt."

Je suis arrivé à Sepilok à la première lumière du jour, quand la brume s’accrochait encore à la canopée de diptérocarpes et que la plateforme de nourrissage n’avait pas encore ouvert. Un jeune orang-outan est descendu des arbres, s’est assis à deux mètres de moi sur la passerelle en bois et m’a regardé. Pas le regard furtif et méfiant d’un animal intimidé par les humains — un regard long, pensif, qui a duré jusqu’à ce que ce soit moi qui détourne les yeux. Ce moment a réorganisé tout ce que je croyais savoir sur ce qu’une forêt peut signifier.

Bornéo défie la logique habituelle des itinéraires en Asie du Sud-Est. Ce n’est pas un endroit par lequel on transite entre deux vols. L’île — partagée entre le Sabah et le Sarawak malaisiens, le Kalimantan indonésien et le petit sultanat de Brunei — exige un autre type de voyage. Plus lent, plus délibéré, organisé autour de traversées en pirogue et de lodges en pleine jungle plutôt que de beach clubs et de marchés nocturnes. La rivière Kinabatangan à Sabah est l’épine dorsale de toute visite sérieuse : un fleuve marron et lent à travers la forêt secondaire où les singes nasiques se frayent un chemin dans la végétation des berges et où les éléphants pygmées surgissent sur des bancs de sable sans prévenir. Les couchers de soleil depuis une barque à moteur qui dérive vers un village où l’électricité s’éteint à neuf heures sont de cette variété précise qui donne envie de rester plus longtemps que ce que le visa autorise.

Le Mont Kinabalu attire un autre type de voyageur — celui qui veut se placer au-dessus des nuages et comprendre, physiquement, ce que l’on ressent sur un massif granitique de 4 095 mètres à trois heures du matin avec une frontale et des gants insuffisants. Le sentier à travers la zone de forêt mousseuse, où chaque branche porte un manteau complet de fougères et d’orchidées, est l’une des randonnées les plus étranges et les plus belles d’Asie. Sandakan, au nord, porte encore le poids des Marches de la Mort — une étape sobre et nécessaire avant que les centres de réhabilitation animalière vous fassent croire que tout est possible à nouveau.

Quand y aller : De mars à octobre au Sabah et au Sarawak. La saison sèche maintient des niveaux d’eau stables pour l’accès en bateau et les conditions des sentiers restent praticables sur le Kinabalu. Il vaut mieux éviter novembre à février si vous avez besoin d’une logistique fiable — les pluies peuvent fermer des sentiers et immobiliser des pirogues pendant plusieurs jours.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils réduisent Bornéo à une seule activité — voir des orangs-outans, cocher la case, repartir. Le véritable argument de l’île, c’est le poids cumulé du sauvage : cinq nuits sur un fleuve, un sentier plein de sangsues vers une cascade que personne ne photographie, un repas de fougères midin et d’ikan bakar dans un café de Kuching à minuit. Bornéo récompense le voyageur prêt à laisser le planning de côté.