Plongeur explorant un récif corallien coloré sous l'eau à Kralendijk, Bonaire

Caraïbes

Bonaire

"Les Caraïbes sans le décorum — juste le récif, le sel et le silence."

Je suis arrivé à Bonaire en m’attendant à une île caribéenne. Ce que j’ai trouvé ressemblait davantage à un avant-poste antillais aride avec un monde sous-marin improbable accroché à ses bords. L’aéroport est assez petit pour qu’on traverse le tarmac à pied. Le bourg principal, Kralendijk, se résume à une seule rue de bâtiments coloniaux hollandais couleur pastel face à un port calme comme une vitre. Pas de casinos, pas de beach clubs qui crachent du reggaeton, pas d’infrastructure pour les paquebots. Et presque immédiatement, j’ai compris pourquoi les plongeurs qui viennent ici ne veulent plus repartir.

Bonaire fait partie des îles ABC — Aruba, Curaçao, Bonaire — ce trio de territoires néerlandais posé juste au large des côtes vénézuéliennes, techniquement en dessous de la ceinture des ouragans. Mais alors qu’Aruba s’est abandonnée au tourisme de resort et que Curaçao a ses propres questions identitaires à régler, Bonaire est restée étrangement concentrée sur elle-même. L’île entière est classée parc marin national. On paie un droit d’entrée nature avant de pouvoir mettre un pied dans l’eau. Des pierres peintes en jaune balisent les sites de plongée le long de la route côtière sous le vent, et on peut littéralement conduire son pick-up jusqu’au bord, enfiler sa bouteille, et marcher vers l’un des meilleurs écosystèmes coralliens encore intacts des Caraïbes. Sans bateau. Ce n’est pas une figure de style — c’est la routine quotidienne ici.

J’ai passé la plupart de mes matins dans l’eau avant neuf heures, quand la lumière arrive en biais et dore le corail cérébral. L’après-midi, je conduisais jusqu’à la pointe nord de l’île en traversant le parc national Washington Slagbaai, où la terre est sèche et couverte de cactus — davantage Baja California que Barbade. Les salines du sud sont un autre monde : d’immenses bassins géométriques qui passent du blanc au rose profond selon l’heure du jour, avec de vrais flamants roses qui les traversent au ralenti, leurs reflets doublés dans la saumure. J’ai mangé la plupart du temps dans les petits restos locaux du centre — du wahoo frais avec du funchi, la polenta de maïs bonairienne qui tient debout une fourchette, et des Polar bien fraîches du Venezuela qui étaient inexplicablement meilleures que toutes les importations européennes. Vers sept heures du soir, Kralendijk est silencieuse. Ce n’est pas un manque. C’est précisément le but.

Quand y aller : Bonaire bénéficie d’un climat remarquablement stable toute l’année — l’île est hors de la principale trajectoire des ouragans et reçoit très peu de pluie. De décembre à avril, c’est la saison sèche, la plus prisée des plongeurs. De mai à juillet, il peut y avoir un peu plus de vent, ce qui affecte moins qu’on ne le croit le snorkeling sur la côte sous le vent. Mieux vaut éviter fin août et septembre non pas pour des raisons météo, mais parce que la visibilité sous l’eau peut baisser lorsque les courants plus chauds traversent la zone.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils vendent Bonaire comme destination de plongée pour plongeurs, ce qui est vrai mais passe à côté de ce qui rend l’île singulière. L’attrait n’est pas seulement la qualité du récif — c’est l’absence totale du dispositif resort caribéen. Pas d’hôtels sept étoiles, pas de bungalows sur pilotis, pas de cartes de cocktails en bord de mer conçues pour faire de belles photos. Les plages, à vrai dire, ne sont pas très impressionnantes selon les critères caribéens — rocailleuses, étroites, parfois encombrées d’algues. Mais c’est exactement pour cela que l’eau est ce qu’elle est. Bonaire est restée ennuyeuse selon les critères du tourisme conventionnel, et le corail le lui a rendu au centuple.