Un ancien village de riziculteurs où les cabanes de pêcheurs au toit de chaume côtoient les dunes de pins et une large plage atlantique, discrètement chéri des architectes comme des dauphins.
Nous avons failli manquer l’embranchement. Rien n’annonce Comporta, aucun panneau grandiloquent, juste une route étroite qui traverse des rizières si plates et si vertes qu’on les croirait peintes, l’estuaire du Sado scintillant quelque part derrière. C’est Lia qui a repéré le premier toit de chaume, une cabane basse et blanchie à la chaux coiffée d’une pointe de paille qui semblait sortie d’un livre d’histoire plutôt que d’un lieu encore habité. On nous avait décrit Comporta comme les Hamptons portugais, tout en maisons de plage minimalistes et en architectes en vacances, mais ce qui m’a frappé d’abord, c’est à quel point l’endroit sentait encore le village de travail — la boue, le sel, les roseaux coupés — avant de sentir l’argent.
Nous sommes restés trois nuits dans une petite maison d’hôtes juste à la sortie du village, assez proche pour rejoindre Praia da Comporta à pied chaque soir. Cette plage a une échelle absurde : une seule étendue ininterrompue de sable pâle adossée à des dunes couvertes de pins, avec ces mêmes cabanes de chaume ponctuant la lisière comme si elles y avaient poussé naturellement. Un soir, j’ai mangé un loup grillé, les pieds encore sableux, dans un restaurant à l’allure de cabane qui ne devait pas compter plus de huit tables, regardant la lumière virer à l’orange sur les dunes pendant que Lia discutait avec le serveur, dans son portugais qui progressait, pour savoir si le vin local se buvait mieux frais.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’étaient les dauphins. Nous avons pris un petit bateau sur l’estuaire du Sado le deuxième matin, plus par curiosité que par réelle attente, et en vingt minutes à peine, un groupe de grands dauphins faisait surface à nos côtés, indifférent à l’embarcation, se faufilant entre les bancs de roseaux là où l’estuaire se resserre vers Setúbal. Notre guide nous a expliqué qu’ils vivent dans ce bras de mer depuis des générations, désormais protégés au sein de la réserve naturelle, et que les habitants n’y prêtent presque plus attention. J’ai eu du mal à le croire jusqu’à ce que je voie un pêcheur réparer ses filets tout près, sans même lever les yeux.

Mais ce qui reste le plus, c’est la retenue du lieu. Personne ne construit en hauteur. Les cabanes de plage restent des cabanes de plage, même les plus chères. Comporta semble avoir compris que ses rizières et ses dunes sont l’essentiel, et que tout ce qui est venu ensuite — le petit monde du design, les hôtels de charme discrets — a simplement appris à construire autour, jamais au-dessus.
Quand y aller : Juin ou septembre offrent la même météo de plage douce et chaude, sans la foule qui envahit les routes étroites de Comporta en plein mois d’août.