Ninh Binh
"La baie d'Along à terre — mais plus silencieuse, plus verte, et d'une beauté encore plus saisissante."
On appelle souvent Ninh Binh la baie d’Along de l’intérieur, et la comparaison est juste mais insuffisante. Les karsts calcaires ici s’élèvent de rizières inondées plutôt que de la mer, et l’effet est différent — plus doux, plus vert, plus intime. À Tam Coc, des barques sampan conduites par des femmes qui rament avec leurs pieds glissent à travers trois grottes naturelles tandis que les karsts se dressent au-dessus et que les aigrettes avancent à pas comptés dans les rizières. C’est l’une des plus belles promenades en bateau du monde, et cela ne coûte presque rien.
Tam Coc en sampan
La promenade en bateau à travers Tam Coc est le clou du spectacle, et rien de ce que j’avais lu ne m’avait préparé à ce que j’y ai ressenti. La batelière — la soixantaine bien tassée, des bras comme des cordes, un chapeau conique incliné contre le soleil — ramait avec ses pieds tout en dirigeant avec ses mains, une technique propre à cette région qui paraît impossible jusqu’à ce qu’on observe quelqu’un qui la pratique depuis l’enfance. Nous avons glissé entre des karsts qui s’élevaient verticalement de l’eau, leurs faces calcaires striées de vert là où des fougères et des mousses avaient trouvé prise dans les fissures. Trois grottes ponctuent le parcours, chacune un tunnel de pierre suintante où le sampan passe à peine et où la seule lumière vient du reflet de l’eau sur le plafond. Entre les grottes, les rizières s’étendent jusqu’à l’horizon, et les seuls sons étaient le clapotis de la rame, le cri d’un martin-pêcheur et le lointain vrombissement d’un scooter sur la route au-dessus.

La grotte Mua et la vue sur la vallée
La grotte Mua exige une montée raide — cinq cents marches de pierre taillées dans la face du karst, chacune une mise à l’épreuve de votre engagement envers la vue qui attend au sommet. Je l’ai gravie en fin d’après-midi, quand la chaleur commençait à se dissiper, et je suis arrivé au sommet trempé de sueur et totalement incapable d’anticiper ce que j’allais voir. Toute la vallée de Tam Coc s’étendait en contrebas, un damier de rizières et de canaux tressés entre des tours calcaires qui s’étiraient à l’horizon dans toutes les directions, avec la rivière qui serpentait à travers tout cela comme un fil d’argent dans de la soie verte. Un dragon de pierre trône au sommet, enroulé autour du pic, et je me suis assis à côté de lui pendant vingt minutes à regarder la lumière changer et les ombres s’allonger sur la vallée. C’est, sans exagération, l’un des plus beaux points de vue d’Asie du Sud-Est, et l’effort physique requis pour y accéder rend l’arrivée d’autant plus méritée.

Trang An et Hoa Lu
Trang An, le complexe paysager classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, propose un parcours en bateau plus long à travers encore plus de grottes et devant des temples cachés dans les falaises. L’ancienne capitale de Hoa Lu, avec ses temples du Xe siècle dédiés aux dynasties Dinh et Le, apporte un poids historique à un paysage déjà chargé de beauté. Les temples sont petits et exquisément décorés — sculptures de dragons, autels noircis par l’encens, cours où les seuls visiteurs le matin où je suis passé étaient un moine et un chat endormi dans un rayon de soleil. Louez un scooter, prenez les petites routes à travers les villages et les rizières, et perdez-vous. Le trajet de Tam Coc à Trang An à travers la campagne est l’une des plus belles courtes routes du Vietnam — un corridor de verdure où chaque virage révèle un nouveau karst, une nouvelle rizière, un nouveau moment qui vous fait saisir votre appareil photo puis le reposer parce que la photographie ne pourra jamais capturer ce que vos yeux sont en train de voir.
Quand y aller : De mai à juin quand les rizières sont dans leur plus belle verdure, ou en septembre pour la récolte dorée. Les mois d’hiver sont frais et gris mais d’une atmosphère particulière.