Hô Chi Minh-Ville
"Saïgon avance à une vitesse qui donne aux autres villes l'impression d'être à l'arrêt."
Hô Chi Minh-Ville — toujours Saïgon pour tous ceux qui y vivent — c’est le Vietnam à plein régime. Les fleuves de motos sont plus larges et plus rapides qu’à Hanoï, les bâtiments plus hauts, l’ambition plus visible. Le Palais de la Réunification est figé en 1975, ses salles conservées exactement telles qu’elles étaient quand le dernier hélicoptère a décollé du toit. Le Musée des Vestiges de la Guerre est bouleversant et indispensable. Mais sortez dans la rue et la ville est déjà passée à autre chose — grues de chantier, bars sur les toits, café de spécialité, et une scène gastronomique qui se réinvente chaque semaine.
Les Quartiers
Le District 1 est le centre de gravité, mais la ville se révèle dans ses marges. J’ai passé ma meilleure journée à Saïgon en ignorant toutes les recommandations des guides et en flânant dans le District 4, où les vendeurs de rue s’installent le long du canal et les banh xeo — des crêpes croustillantes au curcuma garnies de crevettes et de porc — sont les meilleures que j’aie trouvées dans tout le pays. Cholon, le quartier chinois du District 5, est un monde dans le monde — temples, marchés et boutiques d’herbes médicinales entassés dans des rues qui donnent l’impression d’être dans un autre pays. L’énergie y est plus brute, plus sonore, moins filtrée pour les sensibilités touristiques, et infiniment plus intéressante. Ben Thanh Market est le symbole touristique ; Binh Tay Market, c’est là que les habitants font vraiment leurs courses, et la différence d’atmosphère est celle qui sépare un spectacle d’une vie vécue.

La Nourriture et le Café
La culture du café de Saïgon mériterait à elle seule une semaine entière. La ville tourne au ca phe sua da — un café fort et sombre filtré goutte à goutte dans un phin métallique sur du lait concentré sucré et des glaçons, servi dans des verres dans des cafés de trottoir où les chaises en plastique ne sont qu’à quinze centimètres du sol et où l’observation des passants est un sport de niveau mondial. La cuisine est plus sucrée et plus affirmée que dans le Nord — assiettes de riz brisé avec des côtelettes de porc grillées, soupe de nouilles hu tieu au bouillon clair et légèrement sucré, et le banh mi de Banh Mi Huynh Hoa sur la rue Le Thi Rieng, où la queue fait le tour du pâté de maisons chaque soir parce que le pâté est fait maison et le pain encore chaud.

Histoire et Architecture
L’architecture coloniale française raconte une histoire avec laquelle la ville entretient des rapports compliqués. La Poste centrale, conçue par le cabinet de Gustave Eiffel, est une cathédrale de la communication avec ses voûtes et ses cartes peintes à la main qui donnent envie d’écrire une lettre à quelqu’un qu’on aime. La Basilique Notre-Dame se dresse en face, ses deux clochers dominant toujours la ligne de toits malgré les tours de verre qui se pressent de toutes parts. Le Palais de la Réunification est le musée le plus étrange que j’aie jamais visité — non pour ce qu’il contient, mais pour ce qu’il conserve : l’instant précis où une guerre a pris fin et où un pays a changé de nom. L’hélipad sur le toit d’où s’est envolé ce dernier hélicoptère est toujours là, grillagé et décoloré par le soleil, et se tenir dessus produit un silence que la ville en contrebas ne laisse jamais s’installer.

Quand y aller : De décembre à avril pour la saison sèche. La saison des pluies, de mai à novembre, apporte des averses d’après-midi qui sont spectaculaires, brèves et étrangement rafraîchissantes.