Marfa
"À Marfa, l'art ne s'accroche pas aux murs — il vit dans le paysage et dans la lumière."
Il y a des villes qui portent leur étrangeté avec légèreté, et puis il y a Marfa — un ancien dépôt ferroviaire perché à 1 500 mètres dans le désert de Chihuahua, 1 800 habitants, où un sculpteur new-yorkais est arrivé dans les années soixante-dix et a décidé que la terre elle-même était la galerie. J’avais longtemps été sceptique face au mythe de Marfa. Trop élaboré, pensais-je. Trop précieux pour le monde de l’art. J’avais tort avant même d’en atteindre les limites.
Le poids de l’espace vide
La route sur l’US-90 fait quelque chose à l’esprit. L’horizon recule dans toutes les directions, les montagnes de Presidio ne sont qu’une tache bleue qui ne semble jamais se rapprocher, l’herbe au bord de la route est blanchie par le soleil et vibre doucement dans le vent. Quand nous avons tourné sur Highland Avenue pour trouver une place près du vieux palais de justice du comté de Presidio — cet improbable dôme rose qui se dresse au-dessus des boutiques d’un étage — j’ai compris pourquoi Donald Judd n’avait pas pu partir. Le désert ici a la même qualité que ses boîtes en béton : une insistance à être exactement ce qu’il est.
La Fondation Chinati abrite les installations permanentes de Judd dans des hangars d’artillerie reconvertis à la lisière du bourg. Marcher parmi ces boîtes en aluminium disposées dans la longue lumière de l’après-midi — cent au total, chacune identique, chacune capturant le soleil sous un angle légèrement différent — ressemblait moins à regarder de l’art qu’à se trouver à l’intérieur d’une pensée soutenue. Lia s’est tenue au fond d’un hangar pendant un long moment sans parler. Je comprenais.
Une ville de surprises utiles
Les plaisirs les plus honnêtes de Marfa sont plus modestes que les galeries. Le petit-déjeuner au Squeeze Margarita & Burger sur San Antonio Street : des migas pliées avec du jalapeño et du cotija, mangées à une table en plastique pendant qu’un chien de ranch observait depuis le trottoir avec une patience professionnelle. L’odeur de créosote après une brève averse de l’après-midi, résineuse et ancienne, traversant la fenêtre ouverte de notre chambre au Thunderbird. La façon dont chaque conversation chez Frama — le comptoir à café sur Highland — finit par tourner autour des droits sur l’eau, de la pollution lumineuse ou d’une prochaine résidence artistique.
La découverte inattendue est arrivée le deuxième soir. Nous avions entendu parler des Lumières de Marfa, ces orbes inexpliqués qui apparaissent au sud-est de la ville sur l’US-67, et nous nous étions arrêtés sur l’aire d’observation officielle en nous attendant à moitié à être déçus. Ce que je n’avais pas prévu, c’était de me sentir genuinement troublé — trois lumières pâles qui dérivaient et se séparaient devant les montagnes Chinati dans l’obscurité, sans rien offrir en guise d’explication et apparemment sans le moindre intérêt à en fournir une.
Sur le terrain
Marfa récompense les matins lents et les longues routes. L’installation Prada Marfa sur l’US-90 en direction de Valentine vaut le détour de quinze minutes — absurde, précise, et étrangement émouvante, seule au milieu des plaines à créosote.
Quand y aller : De mars à mai les températures sont douces et le ciel ouvert avant que la chaleur estivale n’arrive ; octobre et novembre offrent la même clarté avec des nuits plus fraîches et cette lumière ambrée particulière qui donne au désert des allures de tableau peint.