Je ne m’attendais pas à aimer Chicago comme je l’aime. Les villes au bord d’un lac ont tendance à sembler provisoires — le dos tourné à l’eau, l’attention fixée vers l’intérieur. Chicago regarde dans la direction exactement inverse. Le lac Michigan n’est pas une toile de fond ici. C’est la raison pour laquelle toute la ville respire.
La grille et la rivière
Nous sommes arrivés début octobre, quand la lumière sur le lac prend la couleur du miel brut et que l’architecture le long de la Chicago River semble presque sculptée dedans. Lia nous avait réservé une place sur l’un des tours en bateau consacrés à l’architecture fluviale — le genre où un guide parle longuement d’innovation structurelle et où l’on se retrouve sincèrement ému par une description de la façade en terre cuite du Wrigley Building. Le bateau glisse sous les ponts de Wacker Drive tandis que le canyon d’immeubles se referme au-dessus de vous, et pendant quinze minutes on oublie que les villes sont faites de mains humaines. De là, sur l’eau, elles semblent avoir simplement poussé.
Nous sommes remontés du Riverwalk à pied le long de Michigan Avenue en fin d’après-midi, coupant vers l’ouest à travers le Loop par Randolph Street, en passant devant l’odeur de noix grillées d’un chariot près du quartier des théâtres et ce froid particulier qui déferle du lac sans prévenir même en automne — un froid qui n’a rien de poli.
Le Sud inattendu
Le deuxième jour, j’ai pris le Red Line vers le sud jusqu’à Bronzeville, seul, sans plan précis. Ce que j’ai trouvé, c’est un quartier qui porte la mémoire de la Grande Migration comme le vieux bois garde la fumée — pas en surface, mais dans ses fibres les plus profondes. Le Checkerboard Lounge sur East 43rd Street était fermé à midi, mais je me suis arrêté devant plus longtemps que cela n’avait de sens, à lire les noms peints sur la vitrine. Il existe une version de l’histoire de la musique américaine qui passe exactement par cette rue, et s’y tenir debout donne l’impression d’avoir été furtivement introduit dans une pièce à laquelle on n’était pas censé accéder.
La deep-dish et la faim honnête
La question de la deep-dish se règle rapidement dès qu’on cesse de l’aborder comme une pizza pour l’accepter comme sa propre catégorie de chose — plus proche d’une tarte salée que de quoi que ce soit de napolitain. Chez Lou Malnati’s sur North Wells Street, nous avons commandé la pâte au beurre, attendu les quarante minutes que la cuisson demande réellement, et mangé lentement, sans conversation. Le fenouil dans la saucisse. Les tomates entières posées sur le fromage. Il n’y a rien de subtil là-dedans, et ça ne vous demande rien d’autre que de la patience et de l’appétit.
Quand y aller : De fin septembre à mi-octobre pour la meilleure lumière sur le lac et des températures supportables avant l’arrivée du vrai froid. Fin juin est aussi excellent — longues soirées, la pelouse du Millennium Park pleine de monde, et l’eau assez chaude pour que les habitants s’y baignent vraiment.