Mardin ne ressemble à nulle part ailleurs en Turquie — une ville bâtie en calcaire couleur miel qui dégringole d’une colline surplombant la vaste plaine mésopotamienne s’étendant vers la Syrie. J’y suis arrivé au coucher du soleil, et la pierre faisait ce que fait le calcaire sous cette lumière : elle rayonnait, chaque façade sculptée et chaque encadrement de porte irradiant une chaleur qui ressemblait moins à de la lumière réfléchie qu’à un feu intérieur dont la ville elle-même serait la source. L’architecture est un mélange enivrant d’influences arabes, kurdes, chrétiennes syriaques et ottomanes — parfois au sein du même bâtiment — et les rues forment un musée à ciel ouvert de pierre sculptée qui serait classé au patrimoine mondial de l’UNESCO n’importe où ailleurs, et qui ici est simplement l’endroit où vivent les gens.
La vieille ville est construite sur une pente si raide que le toit d’une maison sert de terrasse à celle du dessus. J’ai passé des heures à parcourir les ruelles étroites, à découvrir des portails sculptés, des fontaines de pierre et le silence particulier d’un endroit où le monde moderne est arrivé mais a eu la sagesse de ne pas démolir ce qui existait avant. Un commerçant m’a invité à prendre le thé et m’a montré le plafond sculpté de sa boutique — une maçonnerie du XVIIe siècle abritant désormais des rouleaux de tissu et une télévision diffusant du football turc.

Les Monastères et la Plaine
Le monastère de Deyrulzafaran, à la sortie de la ville, est le siège de l’Église orthodoxe syriaque depuis 493 après J.-C. — ses sombres salles de pierre accueillent encore des offices en araméen, la langue parlée du temps du Christ. Un moine m’a montré le sanctuaire en expliquant la liturgie dans un mélange de turc et d’anglais, et quand il a commencé à chanter en araméen, le son semblait provenir des murs eux-mêmes — une langue si ancienne qu’elle précède le bâtiment qui l’abrite, et un bâtiment si ancien qu’il précède toutes les églises que j’avais jamais visitées. La continuité est vertigineuse. Quinze siècles de prière ininterrompue dans les mêmes pièces.
Dans la vieille ville, la mosquée Ulu Cami date du XIIe siècle, et l’école théologique Kasimiye Medrese offre des jardins à cour et des vues sur la plaine qui semblent s’étendre jusqu’au bout du monde antique — ce qui, historiquement parlant, est exactement le cas. La Mésopotamie commence aux pieds de Mardin. Le Tigre n’est pas loin. Les premières civilisations sont nées du sol que vous contemplez.
La cuisine de Mardin reflète son identité de carrefour : agneau épicé à la mélasse de grenade, koftes de boulgour façonnés à la main, et un fromage local appelé otlu peynir parfumé aux herbes sauvages cueillies dans les collines alentour. J’ai dîné dans un restaurant en terrasse dont la vue s’étendait jusqu’à la frontière syrienne, la nourriture était extraordinaire, et l’addition était inférieure au prix d’un sandwich médiocre à Paris.

Quand y aller : D’avril à mai ou d’octobre à novembre. Les étés sur la plaine mésopotamienne sont brutalement chauds — plus de quarante degrés pendant des semaines. Le printemps et l’automne apportent une chaleur agréable et la lumière dorée qui fait chanter l’architecture de pierre de Mardin.