Izmir est la troisième plus grande ville de Turquie mais elle a des airs de secret bien gardé. Le Kordon s’étire sur des kilomètres le long de la baie — une promenade bordée de palmiers où les familles se baladent, les pêcheurs lancent leurs lignes et le coucher de soleil peint l’eau dans des teintes qui vous font stopper net. Loin des grands monuments d’Istanbul, les plaisirs d’Izmir sont quotidiens : un verre de çay dans un café de rue, des moules farcies au riz achetées à un vendeur ambulant, la satisfaction toute particulière d’une ville qui vit pour elle-même plutôt que pour ses visiteurs. J’y ai passé trois jours sans me sentir une seule fois touriste. Je me sentais comme un invité dans le salon de quelqu’un — le genre confortable, où l’on vous apporte du thé sans que vous le demandiez et où l’on vous indique la bonne boulangerie au coin de la rue.
La ville a une décontraction méditerranéenne qui m’a rappelé Marseille — la même assurance de cité portuaire, la même volonté d’être imparfaite, le même orgueil local farouche qui considère toute comparaison avec la capitale comme légèrement insultante. Izmir n’est pas la petite sœur d’Istanbul. C’est une tout autre proposition.

Le bazar et l’Agora
Le bazar de Kemeralti est le cœur battant d’Izmir — un vaste marché couvert où orfèvres, marchands d’épices et ateliers de maroquinerie exercent depuis des étals qui n’ont pas fondamentalement changé depuis des siècles. L’énergie y est différente de celle du Grand Bazar d’Istanbul : moins performative, plus fonctionnelle, un endroit où les habitants achètent leur or de mariage et leurs épices de la semaine lors du même passage. J’ai acheté un sachet d’origan de la mer Égée si parfumé qu’il a embaumé mon sac à dos pendant une semaine, et j’ai bu trois verres de thé offerts par des commerçants qui ne demandaient rien d’autre que la conversation.
L’Agora de l’ancienne Smyrne trône au centre du bazar, ses colonnes romaines surgissant de façon incongrue entre les étals du marché — un rappel que cette ville est un carrefour commercial depuis trois mille ans et que la version actuelle n’en est que la dernière couche. Pour une vue d’ensemble, prenez l’ascenseur vintage de l’Asansör dans le quartier de Konak pour un panorama saisissant, ou traversez la baie en ferry jusqu’à Karşıyaka, où les cafés du front de mer regardent vers la ville et les montagnes derrière elle capturent les dernières lueurs du jour. Le boyoz — une pâtisserie feuilletée emblématique du petit-déjeuner izmérien, héritage des boulangers juifs séfarades — se mange chaud, sorti du four, avec un verre de thé, ce qui à Izmir signifie : toujours.

Quand y aller : D’avril à juin ou de septembre à novembre. Le climat égéen doux d’Izmir la rend agréable presque toute l’année, mais le printemps y est particulièrement vivant et le Festival International de Jazz de juin vaut qu’on organise son voyage autour.