La Cappadoce ressemble à une autre planète qui servirait, par chance, un excellent petit-déjeuner turc. Des millions d’années d’éruptions volcaniques et d’érosion ont sculpté la tendre pierre de tuf en tours, cônes et piliers en forme de champignon que les premiers chrétiens ont creusés pour en faire des églises, des monastères et des villes souterraines entières. J’avais vu des photographies de ce paysage une centaine de fois, et chacune d’elles est un mensonge — non pas parce qu’elles exagèrent, mais parce qu’aucune image ne peut rendre l’étrangeté tridimensionnelle de marcher dans une vallée où les formations rocheuses semblent avoir été sculptées par une civilisation qui pensait dans des formes différentes des nôtres.
Le Musée en plein air de Göreme abrite des églises rupestres avec des fresques datant du Xe siècle, leurs couleurs encore étonnamment vives dans la pénombre des grottes. L’Église Noire — Karanlik Kilise — en est le joyau, ses pigments préservés par des siècles de suie qui ont empêché la lumière de les décolorer. Debout à l’intérieur, levant les yeux vers un Christ Pantocrator byzantin peint au plafond d’une salle creusée dans les cendres volcaniques, j’ai éprouvé ce vertige particulier qui saisit quand on réalise combien d’effort humain a été versé dans des lieux que le monde moderne remarque à peine.

Le vol en montgolfière
Les célèbres vols en montgolfière à l’aube ne sont pas surestimés — s’élever au-dessus des vallées tandis qu’une centaine de ballons captent les premières lueurs est l’une de ces rares expériences qui dépasse réellement les attentes. Le pilote nous a emmenés en rase-mottes à travers la Vallée de l’Amour, où les piliers rocheux s’élèvent comme les flèches d’une cathédrale noyée, avant de prendre de l’altitude pour une vue panoramique s’étendant jusqu’au sommet enneigé de l’Erciyes Dag. C’est le silence qui reste gravé en soi — une centaine de ballons dans le ciel et pas un son, sinon les brèves rugissements du brûleur et le vent sur le bord de la nacelle.

Sous terre et à pied
Mais la Cappadoce récompense aussi ceux qui restent au sol. Randonnez dans la Vallée Rose au coucher du soleil, quand la roche vire au rose et à l’abricot et que le sentier serpente entre des pigeonniers creusés à même les falaises. Explorez Derinkuyu, une ville souterraine qui abritait vingt mille personnes sur huit niveaux — conduits de ventilation, pressoirs à vin, églises, écuries, tout taillé dans la terre par des communautés qui avaient besoin de disparaître quand les envahisseurs arrivaient, et qui construisaient une civilisation sous celle que l’on brûlait au-dessus. Dormez dans un hôtel troglodyte à Uchisar et réveillez-vous face à un panorama qui n’a pas fondamentalement changé depuis dix mille ans. Le petit-déjeuner — un plateau de fromages, d’olives, de tomates, d’œufs dans des casseroles en cuivre, de miel des ruches locales et de pain encore chaud — est à lui seul une raison de venir.

Quand y aller : D’avril à juin ou de septembre à novembre. L’été est chaud et poussiéreux ; l’hiver apporte la neige qui fait ressembler les cheminées de fées à un village de Noël, et les vols en montgolfière sont moins fiables, mais le paysage sous le givre est surréaliste.