Bodrum a une double personnalité et assume parfaitement les deux. Le jour, c’est une ville égéenne tranquille aux maisons cubiques blanchies à la chaux noyées de bougainvilliers violets, qui grimpent à flanc de colline au-dessus d’un port où bateaux de pêche et méga-yachts partagent la même eau turquoise. Je suis arrivé en bus depuis Izmir, j’ai posé mon sac dans une pension des ruelles du centre, et je suis descendu vers le port à l’heure où les pêcheurs reprennent leurs filets et où les restaurants dressent les tables pour le soir. La lumière faisait ce que fait la lumière égéenne — transformer tout ce qu’elle touche en quelque chose qui vaut la peine d’être photographié, même les chats endormis sur les murs de pierre.
Le château Saint-Pierre, construit par les chevaliers hospitaliers croisés avec les pierres du Mausolée d’Halicarnasse — l’une des sept merveilles du monde antique —, abrite aujourd’hui un excellent musée d’archéologie sous-marine. La collection d’épaves de l’âge du Bronze est l’une des plus belles au monde, et le château lui-même offre des vues sur les deux baies de Bodrum qui expliquent, mieux que n’importe quel guide, pourquoi toutes les civilisations qui ont atteint cette côte ont décidé d’y rester.

Les villages de la presqu’île
La presqu’île de Bodrum s’étire en un chapelet de villages plus tranquilles, chacun avec son propre caractère. Gumusluk est un hameau de pêcheurs où l’on mange du bar grillé les pieds dans l’eau, face aux restes d’une cité antique engloutie — les ruines de Myndos — visibles sous la surface les jours calmes. J’y ai fait le meilleur repas de poisson de mon séjour, à une table à quinze centimètres de la mer Égée, avec une carafe de raki et un coucher de soleil qui a duré une heure. Turkbuku attire les Stambouliotes branchés dans ses hôtels de charme et ses beach clubs, mais j’ai préféré les criques plus discrètes de Bitez, où se rassemblent les véliplanchistes et où le rythme est plus lent.
À l’intérieur des terres, les ruines perchées de Pedasa offrent des balades parmi les fleurs sauvages avec des vues sur toute la presqu’île. Le marché hebdomadaire de la ville de Bodrum est une explosion d’épices, de textiles, de cuir et d’huile d’olive locale qui récompense ceux qui flânent et qui acceptent de marchander avec le sourire.

Quand y aller : Mai à juin pour nager sans subir les foules des fêtes en yacht. Septembre pour une eau chaude, des prix plus bas et des couchers de soleil spectaculaires. Éviter juillet et août à moins d’apprécier l’ambiance festive — Bodrum en haute saison, c’est le Saint-Tropez de la Turquie.