Elephants gathered around the Tarangire River beneath giant baobab trees
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Tarangire

"Là où les baobabs dépassent les touristes en nombre."

Il y a une immobilité à Tarangire que les parcs les plus célèbres du nord de la Tanzanie ne peuvent pas reproduire. Elle s’étend sur le paysage comme un mirage de chaleur, rompue seulement par le grondement sourd d’une matriarche éléphant qui appelle sa famille à l’eau. C’est un parc qui récompense le voyageur patient, celui qui accepte de s’attarder sous un baobab dont le tronc grossit depuis avant que les Portugais n’arrivent sur la côte swahilie, et de simplement regarder le théâtre de la saison sèche se déployer.

Les baobabs sont la première chose que l’on remarque, et la dernière que l’on oublie. Ils dominent l’horizon avec une persistance qui touche au mythique — des troncs de six mètres de diamètre, l’écorce lisse et argentée comme du vieux étain, des branches tordues vers le ciel comme des racines qui l’agrippent. Les Maasaï disent que les dieux les ont plantés à l’envers dans un accès de colère. Debout sous l’un d’eux au crépuscule, à regarder sa silhouette se noircir contre un horizon cuivré, on est tenté de le croire. Certains de ces arbres ont plus de mille ans. Ils ont vu des civilisations naître et s’effondrer. Ils seront encore là bien après que le dernier Land Cruiser se soit réduit en poussière rouillée.

Mais ce sont les éléphants qui rendent Tarangire extraordinaire. Le parc abrite la plus grande concentration d’éléphants de Tanzanie — quelque 3 000 en saison sèche — et quand la rivière Tarangire se réduit à un ruban d’eau brune serpentant dans le sable, ils viennent en troupeaux de deux cents, trois cents, parfois plus. Les berges deviennent un parlement de corps gris, des trompes qui plongent et aspergent, des éléphanteaux qui trébuchent entre les pattes de leurs mères. Pas de clôture, pas de frontière, pas d’artifice. Seulement l’eau, le besoin, et l’antique alliance entre une rivière et les créatures qu’elle nourrit.

Elephants gathering beneath massive baobab trees in Tarangire

Le spectacle va bien au-delà des éléphants. Les lions grimpeurs de Tarangire ont développé l’habitude rare de s’étirer sur les branches horizontales des saucissiers et des grandes acacias, un comportement que l’on ne retrouve que dans une poignée de populations sur tout le continent. Les théories varient — fuir les mouches tsé-tsé, se rafraîchir, avoir un meilleur angle de vue — mais la vision d’un mâle à crinière complète avachi sur une branche à dix mètres du sol résiste à toute explication simple. Il ressemble simplement à un lion qui a décidé que les règles ne le concernent pas.

Les pythons du parc, enroulés dans les creux des baobabs, constituent un autre spectacle silencieux. Des pythons de roche africains de quatre mètres et plus habitent ces troncs millénaires, et en sortent pour chasser les damans et les jeunes impalas. Et l’avifaune est stupéfiante — plus de 550 espèces répertoriées, de l’étourneau cendré endémique aux rolliers à poitrine lilas qui s’envolent des poteaux en éclairs de turquoise et de violet. Les inséparables à collier jaune jacassent dans les acacias. Les outardes de Kori arpentent les prairies avec la démarche digne de gentilhommes victoriens. Pour les ornithologues, Tarangire n’est pas un à-côté du Serengeti. C’est le plat principal.

Ce qui élève tout cela, c’est la solitude. Tarangire reçoit une fraction des visiteurs qui se déversent dans le Serengeti et le Ngorongoro, et lors d’un safari matinal, il se peut qu’on soit le seul véhicule à un point d’eau où cinquante éléphants s’abreuvent. Le silence n’est pas vide — il est plein de chants d’oiseaux, du craquement des branches, du cri lointain d’une hyène — mais il vous appartient. Dans un pays où les parcs les plus célèbres peuvent ressembler à des heures de pointe, Tarangire offre ce cadeau de plus en plus rare : vivre la nature sauvage sans public.

La rivière Tarangire serpentant à travers la savane dorée du parc national de Tarangire

Quand y aller : De juin à octobre pour le pic de la saison sèche, quand la rivière se rétracte et que la concentration d’éléphants est à son maximum. De novembre à mai, les paysages verdissent à l’extrême et l’ornithologie devient exceptionnelle, bien que la faune se disperse sur un territoire plus large.