Hippos in the Rufiji River with palm-lined banks in the Selous Game Reserve
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Selous

"Le sud garde ce que le nord partage."

Il existe en Afrique des endroits où la nature sauvage a été à ce point aimée qu’elle est devenue une sorte de spectacle — photogénique, accessible, subtilement mise en scène pour le confort du visiteur. Le Selous n’en fait pas partie. Aujourd’hui en partie rebaptisé Parc National Nyerere, c’est la plus grande zone protégée d’Afrique, une étendue de forêt de miombo, de plaines inondables et de chenaux fluviaux couvrant plus de 50 000 kilomètres carrés — une superficie plus grande que la Suisse, plus grande que le Danemark, plus grande que ce que l’imagination accommode aisément. Et pourtant, il accueille en une année moins de visiteurs que le Serengeti n’en reçoit en une semaine. Venir ici, c’est comprendre ce que signifiait le mot “nature sauvage” avant que le terme ait eu besoin d’être défendu.

La rivière Rufiji est l’artère centrale de la réserve, un large cours d’eau brun et lent qui se divise en un labyrinthe de chenaux, de lacs et de méandres abandonnés à mesure qu’il approche de l’océan Indien. C’est le long de ces voies d’eau que le Selous révèle son expérience la plus distinctive : le safari en bateau. Le moteur passe au ralenti. Le guide dirige la barque dans un chenal à peine plus large qu’un chemin de campagne. Sur la berge gauche, un groupe d’hippopotames suit votre passage de petits yeux méfiants, les oreilles battant comme des sémaphores roses. Sur un banc de sable devant vous, un crocodile du Nil gît la gueule ouverte, absolument immobile, absolument patient. Un héron goliath se tient dans les eaux peu profondes comme un monument gris. Et puis, au détour d’un méandre, un troupeau d’éléphants apparaît au bord de l’eau — buvant, se baignant, un jeune mâle s’aspergeant de boue dans le dos — et vous êtes parmi eux à hauteur d’yeux, dérivant, silencieux, assez proche pour entendre le grondement de leurs estomacs.

The winding Rufiji River cutting through the vast Selous Game Reserve

L’observation de la faune terrestre n’est pas moins saisissante. Le Selous abrite l’une des plus grandes populations restantes de lycaons d’Afrique — le grand prédateur le plus menacé du continent, un chasseur bigarré aux longues pattes qui se déplace en meutes coordonnées avec un taux de réussite qui fait honte au lion. Voir une meute à la chasse — se déployant sur la plaine, communiquant par des appels gazouillants, forçant une impala dans un éclat de coopération létale — est l’une des expériences les plus électrisantes que le bush africain puisse offrir. La réserve accueille également de solides populations de lions, léopards, buffles et éléphants, tous évoluant dans un paysage si vaste que leurs rencontres avec les véhicules sont suffisamment rares pour préserver une méfiance authentique.

Les safaris à pied sont l’autre spécialité du Selous, et ils changent tout. À pied, accompagné d’un garde armé et d’un guide spécialiste, on descend de la confortable hauteur du véhicule dans le bush lui-même. L’herbe monte soudainement à hauteur d’épaule. Chaque son s’aiguise. Une branche cassée devient une question. Le fumier d’éléphant, encore fumant, devient un texte à déchiffrer — combien, depuis quand, dans quelle direction. On apprend à se déplacer lentement, à guetter les signes de mains du guide, à comprendre que le bush n’est pas un décor mais un lieu avec ses propres règles, et qu’on y est un invité. Ce n’est pas exactement de l’adrénaline. C’est de l’attention — une qualité de présence que les safaris en véhicule, avec toutes leurs récompenses, ne peuvent pas reproduire.

Les camps du Selous sont petits, reculés et délibérément peu nombreux. Beaucoup ne sont accessibles qu’en avion de brousse — un vol de quarante minutes depuis Dar es-Salaam qui survole un paysage vide de routes, de villages et de tout signe d’activité humaine. On atterrit sur une piste en terre, un guide vous attend avec un véhicule, et en quelques minutes le camp apparaît : huit tentes, peut-être dix, installées sous des arbres riverains avec le Rufiji qui glisse en dessous. Le dîner est servi sous les étoiles. Le grognement des hippopotames porte sur l’eau. Un léopard tousse quelque part dans l’obscurité. L’isolement n’est pas une contrainte. C’est tout l’enjeu.

Quand y aller : De juin à octobre pour la saison sèche, quand le Rufiji se rétrécit et que la faune se concentre sur ses berges. C’est la fenêtre idéale pour les safaris en bateau, les safaris à pied et les observations de lycaons. La plupart des camps ferment pendant les grandes pluies de mars à mai.

Un crocodile du Nil se prélassant sur les berges sablonneuses de la rivière Rufiji dans le Selous, Tanzanie