Flamingos gathered on the shores of Lake Manyara with the Rift Valley escarpment behind
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Lake Manyara

"Un petit parc, des impressions immenses."

La première leçon que donne le lac Manyara, c’est que la taille est un bien mauvais étalon de la sauvagerie. Avec ses 330 kilomètres carrés à peine — dont les deux tiers sont le lac lui-même — ce ruban étroit de parc coincé entre les eaux alcalines et la paroi presque verticale de l’escarpement du Rift recèle plus de diversité écologique par kilomètre carré que presque n’importe où ailleurs en Tanzanie. C’est un lieu de merveilles condensées, où l’on peut traverser cinq habitats distincts en une seule matinée de safari, chacun un monde différent, chacun grouillant de vie.

On entre par la forêt de nappe phréatique, et la transition est immédiate. Le maquis desséché à l’extérieur de la grille cède la place à une cathédrale de figuiers sauvages, d’acajous et d’arbres à saucisses dont la canopée bouche entièrement le ciel. L’air devient frais et vert. Les babouins olive occupent la piste par troupes de quarante individus ou plus, se toilettant mutuellement avec l’intimité désinvolte des vieilles familles. Des singes bleus bondissent de branche en branche au-dessus de nos têtes. Des vervets nous observent depuis les sous-bois avec des yeux comme des pierres polies. Le sol forestier est lambrissé des débris de plusieurs siècles — troncs abattus colonisés par les fougères, racines qui serpentent sur la piste comme des tendons à nu — et traverser tout cela ressemble moins à un game drive qu’à une plongée dans une version plus ancienne et plus silencieuse du monde.

La forêt s’ouvre sans prévenir sur le rivage du lac, et l’effet est saisissant. Le lac Manyara s’étire vers l’est jusqu’à un horizon qui se dissout dans la brume, ses eaux alcalines peu profondes teintées de rose par les corps des flamants — des flamants nains pour la plupart, en nuées qui peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’individus en haute saison. Ils se nourrissent la tête renversée, filtrant des algues bleu-vert dans la saumure, et de loin la nuée ressemble moins à un rassemblement d’oiseaux qu’à une seule tache de couleur vivante dérivant lentement sur l’eau. Quand ils prennent leur envol — effrayés par un balbuzard ou simplement agités — le ciel se remplit d’un blizzard d’ailes blanches et roses, et pendant un instant le monde semble avoir été redessiné par un peintre qui ne savait pas se retenir.

Flamingos wading in the shallows of Lake Manyara

Les lions grimpeurs d’arbres sont les résidents les plus célèbres du parc, mais ils exigent de la patience. Les lions de Manyara ont développé l’habitude singulière de se reposer dans les branches des acacias et des acajous, leurs corps fauves étirés le long des rameaux avec une mollesse qui semble défier l’anatomie. Ce comportement est rare — documenté de façon fiable dans seulement quelques populations à travers l’Afrique — et les théories sur son origine vont de l’évitement de la mouche tsé-tsé à la thermorégulation. Quelle qu’en soit la raison, apercevoir un lion perché dans un arbre reste l’une des expériences les plus merveilleusement surréalistes du safari, un rappel que le monde naturel n’a aucune obligation de répondre à vos attentes.

L’escarpement du Rift forme la paroi occidentale du parc, s’élevant à 600 mètres dans une face presque verticale de roche sombre qui capte la lumière de l’après-midi et la transforme en ambre. Les rapaces — busards augures, aigles couronnés, aigles de Verreaux — nichent dans les fissures de la falaise et chevauchent les thermiques qui montent le long de sa face. À sa base, des sources chaudes bouillonnent à travers les sédiments, leurs eaux riches en minéraux alimentant des mares où les éléphants viennent parfois se baigner, la vapeur s’enroulant autour de leurs pattes dans la lumière du petit matin.

Les troupeaux d’éléphants se déplacent entre la forêt et le rivage avec une tranquille assurance, et la mare aux hippopotames à l’extrémité sud du parc offre des rencontres d’une proximité remarquable depuis une plateforme d’observation surélevée — les animaux grognant et bâillant à peine quinze mètres en contrebas. Manyara est souvent traité comme une courte étape de transit entre Arusha et le cratère du Ngorongoro, et il peut parfaitement jouer ce rôle. Mais ceux qui lui accordent une journée entière découvrent un parc qui reste dans la mémoire longtemps après que les grands spectacles du Serengeti se sont fondus en un seul et magnifique souvenir.

Quand y aller : De juin à octobre pour observer la faune en saison sèche et repérer les lions dans les arbres avec une certaine fiabilité. De novembre à février pour la saison verte et les plus grandes concentrations de flamants, quand le lac se remplit et que la vie aviaire est à son apogée.

Des zèbres broutent au bord du lac Manyara avec des flamants roses en arrière-plan