Gotland
"Une île où le Moyen Âge a laissé ses plus belles œuvres, et où les étés ne semblent jamais finir."
Gotland se dresse au milieu de la Baltique comme un monde à part. Le ferry depuis le continent prend trois heures, et au moment où l’on arrive dans le port de Visby, le rythme a déjà changé — quelque chose dans l’air salin et dans la qualité de la lumière vous dit que les horloges fonctionnent différemment ici. L’intérieur de l’île est un patchwork de fermes, de prairies de fleurs sauvages et d’une centaine d’églises médiévales — plus par kilomètre carré que nulle part ailleurs en Scandinavie — leurs murs de pierre debout dans des champs où des moutons paissent avec l’indifférence des animaux qui savent qu’on ne viendra pas les déranger.
J’ai loué un vélo à Visby et passé trois jours à parcourir les chemins de traverse de l’île, m’arrêtant à chaque église. Chacune différente, chacune bâtie par des communautés suffisamment enrichies par le commerce baltique pour faire venir des tailleurs de pierre du continent. Certaines sont encore en service. D’autres se dressent sans toit, leurs arches ouvertes sur le ciel, des fleurs sauvages poussant entre les dalles. La beauté n’est pas monumentale — elle est silencieuse, accumulée, de celles qui viennent de sept cents ans passés dans le même champ, à résister aux mêmes vents.

Le littoral est l’autre miracle de Gotland. Des raukar de calcaire — grandes cheminées de roche érodées — se dressent le long des plages comme des sculptures laissées par une civilisation en retraite. Faro, la petite île au nord de Gotland où Ingmar Bergman a vécu et tourné, possède les formations les plus spectaculaires. J’ai marché sur la plage de Langhammars au coucher du soleil, les raukar projetant de longues ombres sur le sable, et j’ai compris pourquoi Bergman était resté. Le paysage est cinématographique sans le chercher — dépouillé, élémentaire, composé de lumière, de pierre et d’eau en des proportions qui donnent l’impression que tout autre littoral est encombré.
Les plages sont longues, l’eau étonnamment chaude en juillet, et la lumière a une qualité que les peintres tentent de saisir depuis des siècles. Les familles suédoises qui reviennent chaque été sur la même plage, dans le même chalet, au même coin pour se baigner, ne font pas preuve de paresse — elles sont fidèles à quelque chose qui mérite cette fidélité. J’ai rencontré un couple à la plage de Sudersand qui venait à Gotland chaque juillet depuis trente et un ans. Ils ne savaient pas l’expliquer. Ils n’en avaient pas besoin.

La scène gastronomique de Gotland a fleuri au cours de la dernière décennie. L’agneau élevé dans les prairies de l’île, les crêpes au safran qui sont une spécialité locale, et un nombre croissant de restaurants qui traitent les produits de l’île avec le respect qu’ils méritent. La truffe de Gotland — oui, des truffes poussent jusque là au nord — est devenue un motif de fierté locale, et les chasses aux truffes proposées en automne rappellent que cette île continue de surprendre quiconque penserait que la Scandinavie ne propose que du hareng mariné et des pommes de terre.
Quand y aller : De juin à août pour se baigner, faire du vélo et assister à la Semaine Médiévale de Visby. Mai et septembre sont plus calmes et tout aussi beaux. L’hiver est austère et atmosphérique, mais de nombreux services ferment.