Gothenburg
"La ville qui vous nourrit mieux que nulle part ailleurs en Scandinavie, sans jamais s'en vanter."
Göteborg fonctionne à une fréquence qui récompense celui qui n’est pas pressé. Les larges avenues et les canaux à la hollandaise lui confèrent une ampleur qui manque à Stockholm, et le quartier de Haga — pavé, bordé de cafés, plein de boutiques vintage — est le genre d’endroit où l’on entre et dont on oublie de repartir. Les brioches à la cannelle ici sont de la taille d’une tête, et elles sont exceptionnelles. Je me suis installé un matin au Cafe Husaren, j’en ai commandé une sans bien mesurer la chose, et j’ai passé les quarante-cinq minutes suivantes à démolir quelque chose qui aurait pu nourrir une petite famille. C’est Göteborg en miniature : généreux, sans chichi, d’une confiance tranquille.
Le marché aux poissons de la Feskekorka, dont la forme rappelle une église gothique, est l’endroit où l’obsession de la ville pour les fruits de mer devient palpable. Des plateaux de crustacés empilés de langoustines, de crevettes et d’huîtres venues des eaux froides de l’archipel en dehors du port — le genre de repas qui vous fait reconsidérer tous les restaurants de fruits de mer que vous avez jamais fréquentés. Les poissonniers connaissent leur produit comme les sommeliers connaissent le vin, et ils vous diront quel bateau a rapporté quelle pêche ce matin-là, si vous posez la question.

Prenez le tram jusqu’à Saltholmen et embarquez sur un ferry vers l’archipel sud — des îles sans voitures aux rivages de granit et aux spots de baignade d’une propreté presque irréelle. Styrsö, Vrångö, Brännö — chaque île a son propre caractère, ses propres rochers pour plonger, son propre café où le sandwich aux crevettes arrive sur un pain si frais qu’il est encore chaud. J’ai passé une journée entière à sauter d’île en île avec pour seul bagage une serviette et un pass de transport, et ça m’a coûté moins qu’un repas au restaurant sur le continent. L’archipel de Göteborg ne bénéficie pas de la même renommée que celui de Stockholm, et les habitants s’en félicitent.

La scène créative ici est réelle, pas jouée. Göteborg a produit la musique — Ace of Base, José González, la moitié des groupes indie qu’on écoutait à l’université — et cette sensibilité du design se retrouve partout, des galeries installées dans des entrepôts reconvertis de Lindholmen au street art qui recouvre des immeubles entiers dans le quartier de Majorna. Le Festival du film de Göteborg, fin janvier, est le plus grand de Scandinavie, et l’énergie qu’il insuffle aux mois sombres transforme la ville en quelque chose d’électrique et de cinématographique.

Liseberg, le parc d’attractions que les locaux défendent avec une passion surprenante, n’est pas le piège à touristes qu’on pourrait craindre — il est réellement bien conçu, niché dans des jardins, et à Noël il devient le marché de l’Avent le plus atmosphérique de Suède. J’y suis allé en sceptique et en suis reparti avec un sachet d’amandes caramélisées et la concession à contrecœur que les Suédois savent faire la fantaisie sans tomber dans le kitsch.
Quand y aller : L’été pour l’archipel et la vie en plein air le long des quais. Le Festival du film de Göteborg fin janvier insuffle de l’énergie aux mois sombres. Septembre est la saison des récoltes et les fruits de mer sont à leur apogée.