Salamanca
"Salamanque devient dorée au crépuscule, pas métaphoriquement mais littéralement, à cause de ce dont elle est faite."
Le train depuis Madrid vous dépose à Salamanque en milieu d’après-midi, ce qui se révèle être exactement le bon moment. Non pour des raisons de logistique, mais parce que la lumière a déjà entamé sa lente conspiration avec la pierre — le grès de Villamayor qui donne à chaque façade son reflet caractéristique couleur miel ambré — et il vous reste juste assez d’heures pour parcourir la ville une fois avant qu’elle ne s’embrase.
Ce que fait la Pierre au Coucher du Soleil
Salamanque devient dorée au crépuscule, pas métaphoriquement mais littéralement, à cause de ce dont elle est faite. Le calcaire de Villamayor — extrait depuis des siècles des collines qui entourent la ville — s’oxyde lentement à l’air libre, passant du crème pâle à quelque chose qui s’approche du safran, puis du cuivre. À six heures du soir, en marchant le long de la Calle Compañía vers les deux clochers de la cathédrale, toute la rue semble rétroéclairée de l’intérieur. Je me suis arrêté au milieu de la chaussée pour photographier un portail et Lia a dû m’écarter du chemin d’un Vespa qui passait.
La Plaza Mayor est le décor évident, et elle mérite tout ce qu’on a pu écrire à son sujet. L’arcade de Churriguera — ses arcades rythmées et ses médaillons sculptés avec des portraits — vous enveloppe de quatre côtés, et l’effet est moins celui d’une place publique que d’un salon baroque auquel quelqu’un aurait oublié de mettre un plafond. Nous nous sommes assis à une table de café avec deux verres d’Arribes et nous y sommes restés une heure de plus que prévu.
Le Quartier Universitaire et un Détail Inattendu
L’Universidad de Salamanca, fondée en 1218, est antérieure à la plupart des universités européennes, et elle porte visiblement cet âge. La façade Plateresque de la Calle Libreros déborde de détails sculptés — boucliers, médaillons, feuillages — et quelque part dans cet ornement se cache une petite grenouille sculptée posée sur un crâne. Des générations d’étudiants la cherchent comme rite porte-bonheur. Je l’ai trouvée seul, ce qui m’a semblé une petite victoire personnelle, avant de découvrir que tous les dépliants touristiques de la ville en révèlent l’emplacement.
Ce qui m’a véritablement surpris, c’est le silence à l’intérieur de la Catedral Vieja. La vieille cathédrale, absorbée presque par accident par la nouvelle au XVIe siècle, a préservé quelque chose que le bâtiment plus récent a abandonné : l’intimité. La Capilla de San Martín abrite un cycle de fresques si usé par le temps qu’il ressemble à la mémoire elle-même — des formes qui émergent du plâtre, à demi lisibles, profondément émouvantes.
Le soir, les tapas le long de la Rúa Mayor ne coûtent presque rien, et le bocadillo de lomo dans les bars debout près du marché est aussi bon que peut l’être la nourriture quand elle est simple et faite sans prétention.
Quand y aller : De fin septembre à novembre, quand les foules estivales se sont dispersées et que la lumière de l’après-midi tombe sous cet angle long et rasant qui rend le grès absolument incandescent. Le printemps fonctionne aussi, mais l’automne, c’est Salamanque dans son expression la plus pure.