Ronda La Vieja
"La ville nouvelle a son pont. La ville ancienne, elle, surplombe les gorges."
Tout visiteur de Ronda finit par se rendre au Puente Nuevo. C’est mérité — le pont sur le Tajo est un de ces panoramas qui justifient toutes les cartes postales. Mais Lia et moi cherchions ce qui avait précédé le pont, la ville blanchie à la chaux, tout le reste. Nous avons loué une voiture et roulé vers le nord-ouest à travers les pâturages, sur une route qui perd de son assurance à mesure qu’elle approche du plateau, jusqu’à trouver ce que les Romains appelaient Acinipo.
Le Théâtre sur la Colline
Le site domine la campagne environnante à près de 1 000 mètres d’altitude, et la première chose qu’on remarque, c’est le vent — constant, sec, chargé d’une odeur de thym sauvage et de calcaire chauffé. Acinipo fut une cité prospère aux premier et deuxième siècles, frappant sa propre monnaie, exportant du vin à travers l’Empire. Ce qui en reste, c’est un théâtre romain en remarquable état de conservation, dont le mur de scène semi-circulaire tient encore à pleine hauteur, encadrant une vue sur la Serranía de Ronda qui aurait constitué le décor le plus extravagant qu’un public romain ait jamais contemplé pendant une pièce.
Je me suis installé dans la cavea — les gradins taillés directement dans la colline — et j’ai regardé vers le mur de scène, puis au-delà, vers ces crêtes gris-bleu qui se fondaient dans la brume de l’après-midi. Le théâtre pouvait accueillir quelque 2 500 spectateurs. Cet après-midi-là, en nous comptant, le site en abritait peut-être une douzaine.
L’Aqueduc et les Herbages
Au-delà du théâtre, les ruines s’étalent sur des prés ouverts : fondations du forum, murs de citernes, fragments d’un réseau de rues visibles sous l’herbe si l’on regarde sous le bon angle et dans la bonne lumière. L’aqueduc romain — ou plutôt ce qu’il reste de ses arches de soutènement — traverse la colline vers le nord. Ce n’est pas Ségovie, loin de là, mais il y a quelque chose dans leur modestie qui les rend plus exposés, plus honnêtes. De la pierre bâtie pour acheminer l’eau vers une ville qui n’existe plus, debout dans un champ où des vaches paissent parfois entre les piliers.
Ce qui m’a surpris : l’absence de toute infrastructure interprétative digne de ce nom. Pas d’audioguide, pas de maquette sous vitre. Une petite guérite à l’entrée, une feuille A4 pliée avec un plan du site, et puis les ruines elles-mêmes. J’attendais l’habituel échafaudage du tourisme patrimonial et j’ai trouvé à la place quelque chose qui ressemblait presque à une découverte privée — ce qu’était effectivement, un mercredi de fin octobre.
Comment Venir depuis Ronda
Le trajet depuis Ronda fait une vingtaine de kilomètres par l’A-374 en direction d’Olvera, puis un embranchement sur la MA-7402 qui monte jusqu’au plateau. La route est étroite et l’approche finale n’est pas goudronnée, mais praticable en voiture normale. Il n’y a ni café, ni eau, ni ombre une fois qu’on quitte la guérite. Emportez ce dont vous avez besoin. Le site est géré par la Junta de Andalucía et l’entrée est à prix modique.
Au retour, nous nous sommes arrêtés à Ronda pour dîner — des berenjenas con miel de caña, les aubergines frites au miel de canne, plat emblématique de la Serranía, à une table dehors Calle Virgen de la Paz — et je me suis aperçu que je n’avais presque rien à dire sur le fameux pont. L’après-midi m’avait offert quelque chose de plus ancien et de plus silencieux.
Quand y aller : Le printemps (avril à juin) et le début de l’automne (septembre à octobre) offrent la meilleure lumière et les meilleures températures. La chaleur estivale sur le plateau exposé est intense, et les vents hivernaux peuvent être redoutables. Visez un jour de semaine pour avoir les ruines presque pour vous seul.