The colorful mosaic spires of the Sagrada Família rising above Barcelona's rooftops
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Barcelone

"La ville qui a rendu le surréalisme logique."

Barcelone est une ville qui refuse de choisir entre l’art et le plaisir — alors elle excelle dans les deux. Je le sais depuis ma première visite à vingt ans, quand je suis descendu d’un train de nuit en provenance de Paris et que je me suis retrouvé dans le Quartier Gothique à l’aube, les ruelles médiévales encore humides du passage du camion de nettoyage, les murs de pierre captant les premières lueurs dans des teintes de miel et de fumée. J’y suis retourné quatre fois depuis, et chaque fois la ville révèle quelque chose que j’avais manqué — une chapelle romane derrière un chantier, un bar à vermouth à Poble-sec qui sert depuis 1903, un toit-terrasse dans l’Eixample où quelqu’un a planté un jardin entre les cheminées et d’où l’on voit la Sagrada Família encadrée entre deux antennes paraboliques comme quelque chose sorti d’un tableau de Dalí.

Gaudí et la folie du Modernisme

La Sagrada Família est l’édifice qui fait reconsidérer les athées, ou du moins les fait s’arrêter. Gaudí y a consacré quarante-trois ans et est mort avant que la nef soit à moitié achevée, renversé par un tramway en 1926, habillé si sobrement que les passants l’ont pris pour un clochard. Près d’un siècle plus tard, la basilique est encore en chantier, encore construite selon ses plans, et reste le morceau d’architecture le plus extraordinaire que la plupart des visiteurs verront jamais. L’intérieur est une forêt de colonnes ramifiées conçues pour distribuer le poids comme un arbre distribue le vent — Gaudí étudiait la nature comme d’autres architectes étudiaient les manuels, et le résultat est un espace qui semble poussé plutôt que construit. Les vitraux projettent des couleurs sur la pierre en bandes mouvantes de bleu, d’or et de rouge, et en fin d’après-midi toute la nef s’embrase.

The intricate interior of a Barcelona landmark bathed in colored light

Au-delà de la Sagrada Família, le quartier de l’Eixample est une grille d’architecture moderniste — la Casa Batlló et la Pedrera de Gaudí, le Palau de la Música Catalana de Domènech i Montaner avec sa coupole inversée de vitraux, la moins connue Casa Amatller voisine que la plupart des visiteurs dépassent sans entrer. Les balcons dégoulinent de fer forgé et de faïences brisées. Les lignes de toiture ondulent. Tout le quartier semble l’œuvre d’architectes auxquels on aurait accordé des budgets illimités et aucune contrainte — et c’est magnifique.

Le Quartier Gothique et El Born

Le Barri Gòtic est là où les os médiévaux de Barcelone percent sous la peau moderne. La cathédrale — pas la Sagrada Família, mais l’autre, plus ancienne et plus tranquille — s’élève sur une place où des oies déambulent dans le cloître et où des musiciens de rue jouent des suites pour violoncelle de Bach contre des murs debout depuis le XIVe siècle. Les rues étroites autour de la Plaça del Rei suivent encore le tracé romain, et si l’on regarde bien, on trouve des pans de la muraille romaine originelle enchâssés dans des constructions ultérieures — deux mille ans de bâti superposés comme des strates géologiques.

El Born, juste à l’est, concentre la scène gastronomique. Le Mercat de Santa Caterina avec son toit en mosaïque ondulant, les bars à tapas le long du Passeig del Born qui restent ouverts bien après minuit, les caves à vin dans les ruelles où les verres sont de vins naturels et les assiettes petites et parfaites — anchois de L’Escala, pa amb tomàquet à l’huile si verte qu’elle teint le pain, croquetas qui craquent à la première bouchée et se dissolvent en quelque chose d’approchant l’expérience religieuse.

A lively Barcelona food market with colorful produce stalls

La Barceloneta et la mer

Barcelone est une ville méditerranéenne qui a passé des siècles à tourner le dos à la mer — le front de mer était industriel, fermé, hostile. Les Jeux olympiques de 1992 ont tout changé. La plage de la Barceloneta s’étend maintenant dorée et large, bordée de restaurants de fruits de mer où la fideuà — une paella catalane aux vermicelles — arrive dans des poêles en fonte grandes comme des roues de vélo. Les soirs d’été, les chiringuitos servent de la bière fraîche et des patatas bravas à une foule moitié locale moitié de passage, et la lumière sur l’eau à sept heures du soir a cette teinte ambre particulière qui fait tomber les gens amoureux des villes.

Continuez au-delà de la plage jusqu’au port, où l’ancien quartier de pêcheurs conserve encore quelques bars qui servent la pêche du jour grillée au charbon de bois — pas de carte, pas de choix, juste ce qui est sorti du bateau, et c’est invariablement magnifique. Le téléphérique du Montjuïc offre une vue qui explique tout : la mer d’un côté, les flèches de Gaudí de l’autre, et entre les deux la grille dense, belle et chaotique d’une ville qui se réinvente depuis deux mille ans et ne semble pas prête de s’arrêter.

Barcelona's waterfront beach glowing in golden afternoon light

Quand y aller : Mai ou octobre pour profiter de la chaleur sans les foules écrasantes de l’été. Septembre amène la folle Festa de la Mercè — tours humaines, correfocs et sardanes sur la place de la cathédrale. Évitez août, quand la moitié de la ville est en vacances et l’autre moitié tente de naviguer entre les touristes des Ramblas.