Colourful illuminated buildings along the Singapore River at Clarke Quay at night
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Clarke Quay

"La rivière reflétait toutes les couleurs que lui lançaient les immeubles, et aucun de nous deux ne voulait partir."

Clarke Quay applique le tour de passe-passe favori de Singapour — préservation et réinvention — à une rangée d’entrepôts du XIXe siècle le long de la Singapore River. Ce furent des godowns autrefois, où s’entassaient les marchandises transitant par l’un des ports les plus fréquentés du monde. Aujourd’hui, ils abritent des restaurants, des bars et cette énergie particulière des soirées qui fait oublier qu’on a passé la journée à marcher sous la chaleur équatoriale. Les bâtiments sont peints dans des couleurs si vives qu’on les croirait choisies par quelqu’un qui voulait offrir au fleuve quelque chose d’intéressant à refléter. Mission accomplie.

Le jour, c’est une agréable promenade au bord de l’eau, les cafés occupant les entrepôts restaurés tandis que la Singapore River coule avec une sérénité qui dément son histoire de voie commerciale parmi les plus importantes d’Asie. L’Asian Civilisations Museum occupe une extrémité, son architecture coloniale abritant une collection qui retrace les routes commerciales et les échanges culturels qui ont fait Singapour ce qu’elle est. Nous avons passé deux heures à l’intérieur et aurions pu en passer quatre.

The colourful illuminated buildings of Clarke Quay reflected in the Singapore River at night

La nuit, le quai devient le quartier de divertissement le plus animé de la ville. Les bâtiments se baignent dans la lumière et les restaurants débordent sur des terrasses au bord de l’eau où la brise fluviale atténue l’humidité. Nous avons mangé du crabe au piment chez Jumbo Seafood — bruyant, généreux, la sauce quelque part entre le sucré, l’acidulé et le volcanique, qu’on éponge avec des petits pains mantou frits qui n’existent que pour cet usage — et j’ai compris pourquoi les Singapouriens débattent du chili crab comme les Français débattent du vin. C’est une déclaration nationale, et la version de Jumbo est l’un des meilleurs arguments.

Nous avons pris un bumboat depuis Clarke Quay, ces embarcations en bois traditionnelles qui transportaient jadis des marchandises et emmènent aujourd’hui les touristes longer le skyline étincelant. La traversée de quarante minutes vers Marina Bay au crépuscule, la ville s’illuminant des deux côtés, les vieilles shophouses cédant la place aux tours de verre, le Merlion apparaissant au détour d’un méandre — c’est l’expérience la plus sous-estimée de Singapour. Dix dollars. Ça en vaut dix fois plus. Le pilote du bateau désignait les bâtiments avec l’autorité désinvolte de quelqu’un qui a regardé ce skyline évoluer pendant des décennies et a des opinions sur chaque nouvelle construction.

The Singapore River flowing past the restored warehouse buildings of Clarke Quay at dusk

En remontant le fleuve depuis Clarke Quay, on arrive à Robertson Quay, où l’ambiance est plus feutrée et où les bars à vin favorisent la conversation sur les basses. C’est là que viennent les expatriés et les locaux qui ont dépassé le stade du quai principal, pour boire bien et parler lentement. Les restaurants y sont plus ambitieux — fusion asiatique du Sud-Est, omakase japonais, trattorias italiennes qui tiendraient leur rang à Rome. Nous avons terminé la plupart de nos soirées à Robertson Quay, un verre frais à la main, à regarder la rivière s’assombrir et la ville bourdonner de l’autre côté de l’eau.

Quand y aller : Toute l’année. Les soirées du jeudi au samedi sont les plus animées. Les restaurants en bord de fleuve sont à leur meilleur au coucher du soleil — arriver tôt pour s’assurer une table avec vue sur l’eau. Les bumboats circulent jusqu’à 23h ; prendre le dernier pour un trajet plus calme et plus envoûtant, quand le skyline est entièrement allumé et le trafic fluvial s’est dissipé.