Nous avons quitté le ponton d’El Chaco avant sept heures, quand la brume du Pacifique avait encore du poids — ce froid qui s’infiltre dans le col et s’y installe. La vedette a traversé la baie à vive allure, envoyant des gerbes d’eau par-dessus la proue. Lia a serré sa capuche et a ri. En vingt minutes, les îles Ballestas ont surgi de l’eau grise : trois morceaux déchiquetés de granit érodé, leurs falaises teintées de jaune-blanc par un siècle de guano, grouillantes de vie.
Le bruit avant l’image
Rien ne vous prépare au son. Avant même que les rochers soient assez proches pour en lire les détails, le bruit arrive — un rugissement en couches d’otaries qui aboient, le crépitement en rafales des fous du Pérou, le grondement sourd des houles qui s’engouffrent dans les grottes marines en dessous. L’odeur suit peu après : ammoniac, sel, et quelque chose de plus ancien, la biologie accumulée de milliers d’animaux qui vaquent à leurs occupations un mardi matin.
La vedette ralentit sous une corniche où des otaries mâles s’étalent les uns sur les autres en tas désarticulés, leurs corps sombres luisant mouillés contre la roche pâle. Certains lèvent la tête et beuglent pour rien. D’autres glissent simplement dans l’eau, disparaissant avec une fluidité qui rend leur masse terrestre incompréhensible. Les manchots de Humboldt se tiennent à l’écart en petits groupes sur une corniche plus basse — plus petits que je ne l’imaginais, l’air guindé, nullement impressionnés par notre présence. Un bateau plein de touristes n’est pas un prédateur. Nous ne méritons pas l’alarme.
Le Candélabre et le Pacifique froid
Au retour, le capitaine vire au nord pour passer sous le Candélabre — un géoglyphe creusé dans la colline côtière, trois cents mètres de hauteur, dont l’origine fait encore débat. Depuis l’eau, il ressemble à une énorme fourchette enfoncée dans la pente désertique pâle. Personne ne sait avec certitude qui l’a fait ni pourquoi, même si les théories impliquent la culture Paracas, les Incas, voire des marins du XVIIIe siècle. Debout à la proue, les jumelles inutiles à cette échelle, j’ai éprouvé ce plaisir particulier d’un mystère qui n’a pas encore été rangé dans une réponse.
Ce qui m’a complètement pris de court, c’est le moment où une otarie a resurgi à côté du bateau, si proche que j’aurais pu tendre la main et toucher son museau à moustaches. Elle m’a regardé avec d’immenses yeux liquides, a soutenu le regard pendant trois secondes entières, puis a plongé sans cérémonie. Le guide a dit qu’elles font ça tout le temps. J’y ai quand même pensé tout le reste de la journée.
La base à Paracas
Le village de Paracas lui-même est petit — une seule rue en bord de mer avec des cevicherías et des agences de voyages, des pélicans qui arpentent la jetée avec l’air propriétaire des habitués qui ont vu passer beaucoup de touristes. Après le retour du bateau, nous avons mangé de la leche de tigre dans un endroit qui s’appelle El Chorito — la marinade du ceviche arrivant dans un verre à shot, le poisson à mi-chemin entre le cru et le cuit par le citron vert, sa fraîcheur vivifiante après une heure sur l’eau. La Réserve nationale de Paracas commence à la sortie du village et s’étend vers le sud le long d’un des littoraux les plus arides du continent — ça vaut au moins un après-midi.
Quand y aller : De mai à novembre est la période la plus sèche et la plus dégagée ; de décembre à avril les nuages sont plus présents et il peut pleuvoir. Les excursions en bateau fonctionnent toute l’année, mais la mer peut être agitée en hiver. Les départs matinaux sont les meilleurs — la brume se dissipe vers midi et les otaries sont les plus actives avant que la chaleur ne s’installe.