Un village de pisé accroché à une falaise de montagne au-dessus de jardins en terrasses irrigués par un antique système de canaux falaj.
La route depuis Al Hamra grimpe vers les montagnes Al Hajar puis perd soudainement tout sens. Un instant, on roule dans un paysage lunaire de gravier gris et de calcaire délavé ; l’instant d’après, un village se matérialise sur la paroi rocheuse en face — des tours de pisé de la même teinte ocre que la roche dont elles sont issues, des palmiers dattiers jaillissant de terrasses qui n’auraient, à vue de bon sens, aucune raison de faire pousser quoi que ce soit. On m’avait dit que Misfat Al Abriyeen était beau. On ne m’avait pas dit qu’on avait l’impression que quelqu’un avait glissé une cité médiévale dans une fissure de la montagne et oublié d’en informer le reste du monde.
Le Falaj et la Logique de l’Eau
Le village fonctionne grâce à un falaj — un ancien aqueduc canalisé qui capte l’eau de sources plus haut dans la montagne et la fait descendre à travers les terrasses dans un réseau d’étroites rigoles en pierre. Debout à côté de l’une d’elles sur le sentier principal, le Masar Ibrahim Al Khalil, je n’arrivais pas à détacher les yeux de l’eau en mouvement. Elle avançait lentement, avec intention, avec la confiance de quelque chose qui accomplit ce geste depuis très, très longtemps. Les systèmes falaj omanais sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, et l’on comprend pourquoi non pas en lisant le panneau, mais en écoutant : un filet d’eau constant et discret qui donne à toute la falaise un sentiment d’être vivante.
Lia s’est accroupie près de l’un des canaux en bordure des jardins bas et a simplement écouté. L’odeur à cet endroit était extraordinaire — terre mouillée, banane trop mûre et quelque chose de floral que je n’ai pas réussi à identifier, avec en dessous un froid minéral qui émanait de la pierre.
La Montée dans le Village
Les ruelles de Misfat Al Abriyeen ne sont pas vraiment des ruelles. Ce sont les interstices entre des bâtiments qui se sont soudés au fil des siècles, si étroits par endroits que mon sac à dos raclait les deux murs à la fois. Le pisé absorbe lentement la chaleur matinale, ce qui maintient la fraîcheur dans les passages intérieurs bien après midi. Des hommes âgés étaient assis sur des bancs bas devant leurs portes, un verre de chai karak à la main, nous observant avec un intérêt tranquille qui ne contenait aucune urgence. Un chat passa au-dessus de nous sur un mur, indifférent.
La surprise est venue dans la partie haute du village, où j’ai trouvé un petit four à pain — un tannur traditionnel — encore chaud de la fournée du matin, encastré dans un mur extérieur avec une pile soignée de pains fins à côté et, apparemment, personne pour les surveiller. Pas d’étal, pas d’enseigne, aucune transaction visible. Je suis resté là un moment, sincèrement incertain du protocole. Une femme est apparue dans l’encadrement d’une porte, a fait un geste vers le pain puis vers moi, a levé deux doigts et annoncé un prix en baisa omanais si modique que j’ai dû vérifier que j’avais bien compris. Le pain était encore chaud et avait un goût de fumée de bois et de quelque chose de légèrement sucré ; on l’a mangé debout au soleil avec toute la vallée en terrasses qui s’étalait en contrebas.
Ce Qui Reste
Misfat n’est pas une destination qui se donne en spectacle. Il n’y a pas de place centrale ni de terrasse de restaurant avec une vue conçue pour la photographie. Ce qu’il y a, c’est le sentiment d’un endroit qui continue d’exister entièrement selon ses propres termes — le falaj coule toujours, les dattes poussent toujours, le pain sort du tannur chaque matin peu importe qui passe. J’ai trouvé cette qualité suffisamment rare pour que le détour jusqu’aux montagnes en vaille la peine.
Quand y aller : D’octobre à mars, quand les températures dans les hautes terres de l’Al Hajar se situent entre 15 et 25 degrés et que les terrasses sont à leur plus productive. Éviter juillet et août — la chaleur en altitude reste éprouvante, et la traversée du village perd rapidement son charme.