Fjord d'Oslo
"Le fjord d'Oslo prouve que la proximité d'une grande ville n'atteint pas la grandeur de la nature."
On m’avait prévenu, avec cette façon qu’ont les villes de parler de leurs marges, que le fjord d’Oslo était un secret de locaux — que les ferries se remplissaient le week-end et que les meilleures îles se mentionnaient dans ce silence particulier que les Norvégiens réservent aux choses qu’ils préfèrent ne pas partager. J’ai pris ça comme une invitation.
Sauter d’île en île depuis Aker Brygge
Le ferry public part d’Aker Brygge, devant le verre anguleux de l’Opéra, et en vingt minutes la ville se dissout dans votre dos. Lia avait la carte ouverte sur son téléphone, mais on l’a ignorée presque aussitôt — l’archipel intérieur de l’Oslofjord ne récompense pas la planification, il récompense la dérive. On a débarqué d’abord à Hovedøya, une île à seulement huit minutes du quai qui abrite les ruines d’un monastère du XIIe siècle à moitié englouti par des bouleaux. Les arches de pierre captent la lumière de l’après-midi d’une façon qui semble mise en scène, trop parfaite, comme un tableau qui ne sait pas qu’il est un tableau. On s’est assis là à manger du pain et du brunost acheté dans un Meny de Torggata avant de partir — ce fromage brun était plus sucré que prévu, presque comme du caramel pressé sur du seigle.
La surprise de Langøyene
La vraie découverte est venue à Langøyene, l’île la plus au sud de l’archipel intérieur et la seule où le camping est autorisé. Je m’attendais à une plage touristique. On a trouvé à la place des dalles de granit plates qui descendaient directement vers une eau si limpide que je voyais mon ombre sur le fond du fjord. Des Norvégiens se baignaient sans paraître le moins du monde préoccupés par la température — c’était mi-juillet et l’eau devait être à dix-sept degrés, assez froid pour que respirer soit un acte délibéré. Je me suis jeté à l’eau quand même. Le froid est arrivé comme un fait, pas comme un inconfort, et ensuite le soleil sur la roche m’a semblé la chaleur la mieux gagnée depuis des années. Langøyene n’apparaît pas beaucoup dans ce qu’on écrit sur Oslo, et c’est la seule explication que j’ai pour pourquoi cet après-midi-là, j’ai eu le sentiment de l’avoir trouvée tout seul.
La lumière, les pins et la traversée du retour
L’intérieur du fjord a une qualité de lumière particulière en été — longue et latérale, arrivant basse même à sept heures du soir, cuivrant les troncs de pins et donnant à l’eau une couleur vert foncé, martelée. Sur le ferry du retour vers Rådhusbrygga, avec l’hôtel de ville d’Oslo visible devant nous avec ses deux tours de brique, j’ai eu cette sensation déstabilisante d’avoir passé une journée entière en pleine nature sans jamais m’être éloigné de plus de quelques kilomètres d’une ville de sept cent mille habitants.
Quand y aller : De fin juin à mi-août pour des températures propices à la baignade et des horaires de ferry complets. Juillet est la haute saison, mais l’archipel absorbe les foules avec grâce — le granit est large et l’eau est partout.