Managua
"La ville que tout le monde évite et que personne ne regrette d'avoir découverte."
Managua est la capitale que les guides de voyage vous conseillent d’éviter, et je comprends pourquoi. Elle n’a pas de centre colonial — le tremblement de terre de 1972 l’a détruit et il n’a jamais été reconstruit de façon cohérente. Il n’y a pas de quartier piéton évident, pas de vue de carte postale, pas une seule rue qui capture le caractère de la ville. Elle s’étale sur la rive sud du Lac de Managua dans une dispersion informe de centres commerciaux, de marchés, de ronds-points et de quartiers résidentiels qui semblent avoir été assemblés par un comité qui ne s’est jamais réuni. Et pourtant. Managua, c’est là que le Nicaragua vit vraiment, et passer un jour ou deux ici — plutôt que de fuir immédiatement vers Granada — donne sur le pays un contexte que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
Le Malecón le long du Lac de Managua a été reconstruit ces dernières années et constitue désormais un véritable espace public — des familles qui se promènent, des vendeurs de nourriture, des vues sur le lac et les montagnes. La section du Puerto Salvador Allende propose des restaurants, une grande roue et une atmosphère animée les soirs de week-end. Ce n’est pas élégant. C’est vrai, et les Managüenses qui en profitent ne jouent pas la comédie pour les touristes.

La vieille cathédrale — les restes squelettiques de la Catedral de Santiago, détruite par le séisme et laissée debout comme monument — est l’édifice le plus saisissant de Managua. Elle se dresse dans l’ancien centre, lézardée et sans toit, entourée de bâtiments gouvernementaux et de la Plaza de la Revolución. Les fresques sandinistes toutes proches, la flamme éternelle dédiée à Carlos Fonseca, et l’étrange juxtaposition de monuments révolutionnaires et de ruines sismiques créent un paysage qui est uniquement managüense : une ville définie autant par ce qui a été détruit que par ce qui a été construit.
Le Mercado Roberto Huembes est le marché de Managua — un marché immense et fourmillant qui vend de tout, des hamacs au poisson frais en passant par les DVD pirates. La section restauration est extraordinaire : des rangées de comedores où des femmes cuisinent sur des feux de bois, servant des assiettes d’indio viejo, de nacatamal et de gallo pinto avec une rapidité et une économie de gestes qui ferait rougir n’importe quel restaurant. C’est là que j’ai mangé le meilleur nacatamal de ma vie — déballé de sa feuille de bananier, généreux en porc, riz et olives, servi avec un café si fort qu’il m’a fait vibrer les dents.
La Loma de Tiscapa — un lac de cratère volcanique au cœur de la ville, surmonté d’une silhouette de Sandino visible de partout — offre le meilleur point de vue panoramique sur Managua. Il y a une tyrolienne au-dessus du cratère pour les amateurs de sensations fortes, et un petit musée sur la dictature et la révolution au sommet.

Quand y aller : Managua est chaude toute l’année — plus chaude que le reste du Nicaragua, nichée au niveau du lac dans une cuvette volcanique. De novembre à février est la période la plus supportable. La plupart des voyageurs n’y passent que pour l’aéroport international ; une journée complète suffit à en absorber l’essentiel, deux si l’on veut creuser davantage.