Bacalar est le secret le mieux gardé du Mexique, sauf qu’il n’est plus vraiment secret, ce qui est précisément la raison pour laquelle il faut y aller maintenant plutôt que dans cinq ans. La lagune — cinquante kilomètres de long, alimentée par des cénotes, colorée en dégradés de turquoise, de saphir et d’indigo selon la profondeur et le calcaire en dessous — est le plan d’eau le plus beau que j’aie vu au Mexique, et pourtant je vis sur la côte Pacifique. C’est de l’eau douce, chaude, calme, si limpide qu’on voit le fond à cinq mètres. La première fois que je m’y suis baigné, j’ai flotté sur le dos pendant vingt minutes en pensant à presque rien, ce qui pour moi constitue un exploit non négligeable.
Le bourg de Bacalar est petit — quelques rues de bâtiments bas le long de la rive ouest de la lagune, avec un fort espagnol (Fuerte de San Felipe) en son centre qui abrite aujourd’hui un petit musée consacré à l’histoire des pirates. L’atmosphère est celle de Tulum il y a quinze ans : décontractée, légèrement brouillonne, peuplée de gens venus pour un week-end et toujours là trois mois plus tard. Il y a une communauté yoga, une communauté de voile, et un contingent croissant de nomades numériques qui ont découvert qu’une palapa avec vue sur la lagune et un wifi correct vaut bien n’importe quel bureau.

Sur l’Eau
La lagune est l’essentiel. Tout tourne autour d’elle. Le kayak à l’aube, quand l’eau est un miroir et que les couleurs s’intensifient, est la meilleure façon de la vivre. On peut en louer un dans presque n’importe quel hôtel en bord de rive pour quelques centaines de pesos, et pagayer vers le sud en direction des cénotes qui alimentent la lagune.
Le Cenote Azul, à l’extrémité sud, est un gouffre circulaire de quatre-vingt-dix mètres de profondeur — l’eau y est d’un bleu qui semble retouché en post-production mais qui n’est que le résultat du calcaire rencontrant l’eau douce et la lumière du soleil à la bonne profondeur. Y nager en milieu de journée, avec le soleil juste au-dessus de soi, tient du surréalisme.
Le Canal de los Piratas est un chenal étroit entre la lagune et un plan d’eau plus petit, bordé de mangroves et des vestiges d’un canal pirate de l’époque coloniale. Une balade en barque est silencieuse, ombragée, et étrangement méditative — le batelier coupe le moteur et avance à la perche dans les mangroves comme un gondolier qui aurait troqué Venise contre les Caraïbes.
La voile est de plus en plus populaire. Plusieurs opérateurs proposent des tours en catamaran sur la lagune, avec des arrêts sur des bancs de sable, aux cénotes, et aux stromatolithes — d’anciennes formations microbiennes qui comptent parmi les organismes vivants les plus anciens de la Terre. Oui, vivants. La lagune est un écosystème autant qu’une piscine.

Le Bourg
Manger à Bacalar est simple et bon. La Playita en bord de rive propose du poisson grillé et du ceviche avec la lagune pour décor. Mango y Chile au centre sert une cuisine mexicaine inventive — tacos de canard, enchiladas à la fleur d’hibiscus — dans un cadre de jardin idéal pour un dîner plus posé. Le marché du samedi sur la rue principale propose des tamales, des jus frais et du miel local.
La vie nocturne est réduite, ce qui fait partie du charme. Quelques bars à mezcal, un bar reggae au bord de l’eau, et ces soirées tranquilles où l’on finit par parler à des inconnus dans un hamac jusqu’à ce que quelqu’un suggère d’aller nager dans la lagune sous les étoiles — et on y va, parce que Bacalar rend ce genre de spontanéité inévitable.
La menace qui pèse sur Bacalar est bien réelle : le Tren Maya, le controversé projet de chemin de fer mexicain, dispose d’une gare à proximité, et la pression du développement s’intensifie. L’écosystème de la lagune est fragile — la pollution par les crèmes solaires et le surtourisme sont des préoccupations sérieuses. Allez-y de façon responsable. Utilisez de la crème solaire biodégradable. Soutenez les opérateurs locaux. Et allez-y vite, car le Bacalar de 2026 ne sera plus celui de 2030.
Quand y aller : De novembre à avril pour un temps sec et une eau au mieux de sa clarté. La lagune est chaude toute l’année. De juin à octobre, c’est la saison des pluies — les orages d’après-midi sont fréquents mais les matinées sont généralement dégagées. Évitez la Semana Santa (la semaine de Pâques) à moins d’apprécier partager la lagune avec toute la population du Quintana Roo.