La plage des Salines
"Certaines plages vous persuadent que la perfection est un critère raisonnable."
La route des Salines descend vers le sud depuis Sainte-Anne à travers des broussailles sèches et des collines basses qui sentent le sel et la terre chaude — rien pour annoncer ce qui attend au bout. J’avais lu les superlatifs. J’avais fait défiler les photos. Je n’étais pourtant pas préparé.
Le Croissant
La plage s’annonce par un corridor de cocotiers dont les troncs penchent tous au même angle travaillé, comme s’ils s’étaient mis d’accord sur une pose. Puis le sable — et c’est le sable qui compte. Il n’est pas simplement blanc. Il est blanc comme du vieux lin, doux, chaud, légèrement lumineux, et il cède sous les pieds d’une façon qui fait de marcher un petit luxe. L’arc s’étend sur environ un kilomètre depuis la pointe rocheuse au sud jusqu’aux eaux plus calmes et plus basses près des étangs au nord, et de n’importe quel point de cet arc la vue est la même : du turquoise qui se fond en cobalt, une poignée de pirogues ancrées au large, et la silhouette basse du Rocher du Diamant dans le lointain au sud.
Lia s’est assise dans le sable deux minutes après notre arrivée et n’a pas bougé pendant une heure. Cela m’a dit tout ce que j’avais besoin de savoir sur le rythme qu’impose cette plage.
Les Étangs et les Pélicans
Ce que je n’avais pas prévu — ce que les photos ne montrent jamais — ce sont les Étangs des Salines derrière les arbres. Les étangs sont peu profonds, immobiles, couleur de vieux miroirs, bordés de palétuviers et patrouillés par des pélicans bruns si assurés de leur territoire qu’ils nous ont à peine remarqués. Nous nous y sommes aventurés en fin d’après-midi, quand la lumière est devenue plate, rosée et étrange, et toute la lagune a pris la couleur d’un bleu qui guérit vers l’or. C’était entièrement différent de la plage laissée à cinquante mètres de là. On se serait crus dans un autre pays.
Je n’avais pas prévu les accras non plus. Une femme avec une glacière près des cocotiers du nord vendait des accras de morue — des beignets de morue — tout juste sortis de l’huile, enveloppés dans du papier journal, trois euros la portion. J’en ai mangé deux. C’était la meilleure chose que j’aie mise en bouche en Martinique, ce qui n’est pas peu dire sur une île qui prend sa cuisine au sérieux.
Comment y Aller et Quand S’y Attarder
Les Salines se trouve à la pointe sud de la Martinique, à environ quatre kilomètres de Sainte-Anne par la D9. Il y a un parking qui se remplit tôt le week-end — arriver avant neuf heures du matin, c’est trouver de la place, une eau calme, et les palmiers qui projettent encore de longues ombres sur le sable.
Quand y aller : La saison sèche va de décembre à mai, quand les alizés gardent la chaleur honnête et la mer reste transparente. Janvier et février sont les mois les plus calmes sur la plage — la foule se dissipe et les Salines retrouvent quelque chose de proche de la tranquillité qu’elles méritent.