Colorful colonial buildings and market stalls along the waterfront of Fort-de-France with Fort Saint-Louis visible on the bay
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Fort-de-France

"Cette ville appartient à la France et aux Caraïbes à parts égales, sans compromis possible."

Fort-de-France s’annonce par les odeurs avant tout le reste — des fruits trop mûrs qui tiédissent au soleil, du diesel venu de la gare maritime, du sel de la baie, et quelque chose de floral qui dérive des portes ouvertes d’une parfumerie sur la Rue Victor Hugo. Je suis arrivé par le ferry depuis Le Marin et j’ai senti la ville m’absorber avant même d’avoir trouvé mon équilibre sur le quai.

La Savane et le Fort

La Bibliothèque Schoelcher vous arrête dans la rue. C’est un bâtiment en fonte et vitraux qui a été assemblé à Paris, expédié en pièces détachées à travers l’Atlantique, et réassemblé ici au centre de la ville — et cela ressemble, sans la moindre excuse, à quelque chose sorti d’un rêve haussmannien transplanté sous les tropiques. En face, le parc de la Savane longe le front de mer : un long rectangle de palmiers royaux, de bougainvilliers et de bancs publics où des vieux jouent aux cartes sous les arbres à toute heure.

À l’extrémité de la Savane, le Fort Saint-Louis s’avance dans la baie sur sa péninsule rocheuse, arborant le drapeau tricolore au-dessus de remparts qui gardent ce port depuis le XVIIe siècle. L’armée en occupe encore une partie, ce qui confère à l’ensemble une qualité vivante plutôt que l’impression d’embaumement que dégagent la plupart des monuments coloniaux. J’ai arpenté les murs extérieurs au crépuscule et regardé les lumières du ferry se déplacer sur la baie vers Pointe-du-Bout, le ciel virant au rose au-dessus des Pitons du Carbet.

Le Grand Marché

Le centre de gravité de la ville, c’est le Grand Marché sur la Rue Antoine Siger — un marché couvert à charpente de fer qui vend des épices, des tissus madras, des sauces pimentées et des paniers de christophines, de fruits à pain et de légumes-racines que je ne savais pas nommer. Lia a passé quarante minutes à un seul étal, interrogeant le vendeur sur la différence entre quatre variétés de vanille séchée. Nous sommes repartis avec plus de sachets d’épices que nous ne pouvions raisonnablement porter et un pot en argile de pâte à colombo que nous cherchions depuis notre arrivée sur l’île.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est le marché aux poissons sur le front de mer, du côté de la gare maritime — plus ancien, plus bruyant, moins apprêté pour les touristes. Les pêcheurs vendent depuis l’arrière de camionnettes et de glacières débordantes de glace, en marchandant en créole. Une femme en foulard madras m’a vendu des accras de morue — des beignets de morue salée, chauds de la friture — enveloppés dans un carré de papier kraft. Je les ai mangés debout sur le quai, en regardant les pélicans plonger dans le port.

Entre deux mondes

La ville ne cherche pas à réconcilier ses deux identités. La Rue de la Liberté a l’assurance large d’un boulevard français ; deux rues à l’intérieur des terres, les ruelles rétrécissent et se raidissent en quelque chose de plus caribéen, peint en ocre et turquoise, avec des toits de zinc et des débits de rhum qui ouvrent à dix heures du matin. La machinerie administrative française — la préfecture, le Conseil Régional, les ronds-points formels — coexiste avec une énergie de rue qui n’a rien à voir avec la France métropolitaine.

Le meilleur ti-punch que j’ai trouvé était au comptoir d’un bar sur la Rue Ernest Deproge — sans enseigne depuis la rue, quatre tabourets, un réfrigérateur garni de jus de citron vert frais et une bouteille de JM blanc posée là comme si elle n’attendait que ça. Le patron a servi avec une indifférence de professionnel et a compté trois euros. C’était extraordinaire.

Quand y aller : De janvier à avril, ce sont les mois les plus secs et les plus agréables pour parcourir la ville à pied, quand l’humidité baisse assez pour passer une journée entière en promenade sans que la chaleur de l’après-midi ne devienne une négociation. Le marché est le plus animé le samedi matin.