Cachoeira do Arari
"Mille ans d'histoire de l'art dans un bâtiment sans climatisation."
Le musée qui ne devrait pas être ici
Le Museu do Marajó existe au mépris de toute attente. C’est un vrai musée ethnographique — organisé, savant, riche en contexte — dans une petite ville de l’intérieur que l’on n’atteint qu’en bateau ou par une route très mauvaise. La collection comprend des urnes funéraires, des figurines, des tangas (les caches-sexe en céramique que portaient les femmes marajoaras) et des objets du quotidien laissés par une civilisation qui a prospéré sur cette île d’environ 400 à 1300 après J.-C. avant de disparaître de façons dont les archéologues débattent encore.
La décoration géométrique des céramiques — toute exécutée en rouge, orange et noir, en motifs d’une précision extraordinaire — ne ressemble à rien d’autre de ce qui fut produit dans l’Amérique du Sud précolombienne. Regarder une urne funéraire de l’an 800 et tenter de comprendre les mains qui l’ont façonnée, sans aucune trace écrite pour vous guider, est humble d’une manière que des musées plus célèbres atteignent rarement.
Le musée demande un petit droit d’entrée et le gardien vous parlera aussi longtemps que vous serez intéressé.
Comment se rendre à Cachoeira
La ville se trouve sur les rives du fleuve Arari, dans l’intérieur de Marajó — un tout autre monde que les plages de Soure et de Salvaterra. Y venir depuis Soure signifie soit une longue route terrestre à travers les pâturages à buffles (saison sèche uniquement, et il faut un bon véhicule), soit un bateau remontant le fleuve Paracauari puis l’Arari. Je suis venu en bateau, ce qui a pris presque toute une matinée et a traversé une plaine inondable si plate que l’horizon ressemblait à un lavis d’aquarelle.
Cachoeira elle-même est une ville fluviale au sens traditionnel : un front de fleuve, quelques rues commerçantes, un marché qui vend du manioc sous toutes les formes imaginables. Le rythme est mesuré, les habitants poliment indifférents aux raisons de votre venue.
L’héritage marajoara dans les rues
Ce qui m’a surpris, c’est à quel point l’esthétique marajoara s’est infiltrée dans la vie quotidienne à Cachoeira. Les motifs du musée apparaissent sur des carreaux, sur des murs peints, sur les nappes des meilleurs restaurants. Une céramiste que j’ai rencontrée près du front de fleuve m’a montré des pièces qu’elle réalisait selon les techniques traditionnelles, en cuisant dans un four à bois derrière sa maison. Son travail était plus réfléchi que l’artisanat touristique de Soure — plus proche des originaux, plus investi dans le système géométrique qui sous-tend les dessins.
Elle m’a fait une petite démonstration de la manière dont les motifs sont tracés au stylet avant la peinture. La logique se révélait lentement : ce qui ressemble à une décoration abstraite est en réalité une grille, un système, un langage de marques qui signifiait quelque chose de précis pour des gens qui ne sont plus là pour nous dire quoi.
Le pays des buffles dans l’intérieur
Le paysage environnant est du pur campo — savane ouverte parsemée d’îlots de forêt épars, entrecoupée d’igarapés (canaux étroits) qui s’inondent au fil des saisons. Des troupeaux de buffles paissent au loin. Sur mon trajet du front de fleuve jusqu’au musée, j’ai compté deux caïmans qui se chauffaient au soleil dans un fossé au bord de la route, indifférents à la chaleur, à la circulation, à moi. C’est l’intérieur de Marajó : ancien, lent, et indifférent à l’idée d’être photographié.
Quand y aller : De juillet à octobre pour des routes terrestres praticables. Le musée est ouvert toute l’année et mérite une visite en toute saison. Si vous venez en bateau depuis Soure, la route fluviale est navigable en saison sèche comme en saison des pluies — renseignez-vous auprès des opérateurs locaux. Comptez au moins une journée entière ; deux, c’est mieux si vous voulez visiter un atelier de céramique en activité.