Pétra
"Le Siq se rétrécissait, la lumière changeait, puis le Trésor est apparu — et tout s'est arrêté."
Pétra est l’un de ces endroits qui dépassent la légende. Je l’avais vue en photographie tellement de fois — le canyon étroit, la façade d’or rose — que j’avais présumé que la familiarité en atténuerait l’impact. Il n’en fut rien. La marche dans le Siq commence doucement, un large sentier de gravier qui se rétrécit imperceptiblement jusqu’à ce que les parois soient assez proches pour être touchées des deux mains, le grès s’élevant à quatre-vingts mètres au-dessus de la tête en strates de rouge, de rose, d’orange et de crème qui semblent peintes plutôt que géologiques. D’anciens canaux d’eau sont encore taillés dans la roche à hauteur de cheville, une solution d’ingénierie vieille de deux mille ans qui a maintenu en vie une cité du désert. La lumière change à chaque virage — passant de l’ambre chaud à l’ombre fraîche et retour — puis, au dernier tournant, le canyon s’ouvre d’à peine un mètre et le Trésor apparaît.
Le Trésor et Au-Delà
Rien ne vous prépare à l’échelle. La façade est taillée directement dans la falaise — douze colonnes et un élaboré fronton hellénistique s’élevant de quarante mètres depuis le fond du canyon, sa surface lissée par deux millénaires de vent jusqu’à ressembler moins à de la pierre qu’à de la soie couleur de rose. Les Nabatéens l’ont sculptée au Ier siècle avant J.-C. — un peuple qui contrôlait les routes commerciales des épices et de l’encens et bâtit une cité si secrète qu’elle fut perdue pour le monde occidental pendant six cents ans. Je me suis tenu à l’entrée du Siq, le dos contre la pierre fraîche, à regarder fixement, et pendant un long moment le seul son était le vent.

Mais le Trésor n’est que le commencement. Au-delà, Pétra se déploie dans une vaste vallée que la plupart des visiteurs n’explorent jamais vraiment. La Rue des Façades longe le chemin avec des dizaines de fronts de tombes taillés dans la falaise, chacun différent, chacun s’érodant à son propre rythme. Les Tombeaux royaux — le tombeau de l’Urne, le tombeau de Soie, le tombeau Corinthien — sont perchés haut sur la face orientale de la falaise, accessibles par des escaliers de pierre usés par vingt siècles de passage. L’intérieur du tombeau de l’Urne a été converti plus tard en église byzantine, et l’on y voit encore les fenêtres en arc et les restes estompés d’enduit peint superposés à la pierre nabatéenne. La Rue Colonnadée traverse le centre de ce qui fut autrefois le cœur civique de la cité, bordée des restes de marchés, d’un temple au dieu nabatéen Dushara et d’une église byzantine dont les mosaïques de sol ont été découvertes intactes sous des siècles de sable.
Le Monastère
La montée vers le Monastère compte huit cents marches sur un chemin de montagne qui serpente dans des canyons étroits et passe devant des étals de thé bédouins stratégiquement placés à chaque endroit où la volonté risque de fléchir. Le chemin a été taillé par les Nabatéens eux-mêmes, et les marches — usées, inégales, parfois vertigineuses — sont leur ouvrage d’origine. Je les ai comptées. J’ai perdu le compte aux alentours de quatre cents et j’ai conclu que les vendeurs de thé bédouins avaient entièrement raison. Au sommet, le Monastère apparaît — Ad Deir — une structure encore plus grande que le Trésor, sa façade large de quarante-sept mètres et haute de quarante-huit, avec une sobriété de conception qui semble presque moderne. L’urne tout en haut mesure neuf mètres. Depuis la terrasse devant elle, la vue s’étend sur le Wadi Araba jusqu’aux montagnes d’Israël et de Palestine, et le silence est total.

Pétra de Nuit
Pétra de Nuit a lieu les lundis, mercredis et samedis soirs, et cela vaut la peine de réorganiser son emploi du temps pour y assister. On traverse le Siq dans une quasi-obscurité — le chemin éclairé seulement par des lanternes en papier posées au sol — et le canyon, déjà spectaculaire en plein jour, devient tout autre chose. Les parois se dressent au-dessus de vous comme des formes plus sombres contre un ciel que l’on distingue à peine, et le bruit de ses pas sur le gravier est le seul son. Au Trésor, quinze cents bougies sont disposées dans la cour, et un musicien bédouin joue de la rababa — un instrument à une seule corde dont le son se situe quelque part entre un violon et une voix humaine. On vous sert du thé. Le Trésor brille d’ambre à la lumière des bougies. C’est théâtral et véritablement émouvant — et je ne suis pas quelqu’un qui emploie ce mot à la légère.

Nous avons passé deux jours entiers et n’avons fait qu’effleurer la surface. Le Haut Lieu du Sacrifice, accessible par une montée raide depuis le centre de la cité, offre une vue panoramique et un autel sacrificiel avec des canaux d’évacuation qui ne laissent rien à l’imagination. Les sentiers secondaires moins fréquentés mènent à des tombes et des temples qui voient peut-être une douzaine de visiteurs par jour. Pétra n’est pas un site. C’est une cité — vaste, stratifiée, sans cesse surprenante — et la traiter comme une excursion d’une journée est le moyen le plus sûr de passer à côté de ce qui la rend extraordinaire.
Quand y aller : De mars à mai et de septembre à novembre, les températures sont clémentes. L’été dépasse les 40 degrés. Pétra de Nuit a lieu les lundis, mercredis et samedis. Achetez le pass deux jours ou trois jours — une journée ne suffit pas.