La mer Morte est à 430 mètres sous le niveau de la mer, et arriver sur ses rives donne l’impression de descendre dans une atmosphère différente. L’air y est plus lourd, plus riche en oxygène, et il flotte sur l’eau une brume qui confère à la lumière une qualité que je n’ai vue nulle part ailleurs — diffuse, presque laiteuse, comme si le soleil lui-même ne savait pas trop comment se comporter au point le plus bas de la Terre. Le paysage est austère et presque lunaire : des collines dénudées de beige et de gris, des formations de sel qui cristallisent sur le rivage en croûtes blanches qui craquent sous les pieds, et l’eau elle-même — turquoise, immobile, si dense en minéraux qu’elle semble épaisse.
La flottaison
L’expérience d’entrer dans la mer Morte ne ressemble à rien d’autre. On patague — les rives sont rocailleuses, les chaussures de bain ne sont donc pas optionnelles — et au bout de quelques pas, la flottabilité s’empare de vous. Ce n’est pas subtil. L’eau vous pousse vers le haut avec une force qui rend le fait de couler physiquement impossible. Je me suis allongé sur le dos et j’ai flotté, sans aucun effort, les mains derrière la tête, le soleil sur le visage, et la chose la plus étrange n’était pas la flottaison en elle-même, mais le silence. Le son ne voyage pas de la même manière ici. Le monde se réduit au ciel au-dessus de soi et à l’eau dense et tiède en dessous, et pendant quelques minutes, rien d’autre n’existe. Nous avons fait la photo classique de la mer Morte — flottant sur le dos en lisant un journal — et c’était aussi absurde et délicieux que sur tous les prospectus de voyage depuis 1960.

La boue des rives est noire, riche en minéraux, et utilisée comme soin spa depuis des millénaires. Cléopâtre, dit-on, envoyait des serviteurs la ramasser. Nous nous en sommes enduit le corps comme des guerriers, nous l’avons laissée sécher au soleil jusqu’à ce que la peau soit aussi tendue que du papier, puis nous sommes retournés dans l’eau pour nous rincer. Les minéraux enrobent la peau d’une façon qui semble véritablement médicinale — mes mains, sèches et craquelées par l’air du désert, ressemblaient à ce qu’elles auraient été après un traitement hors de prix. L’expérience tient à la fois de la comédie et de la thérapie, et reste entièrement inoubliable.
La rive jordanienne
Le côté jordanien de la mer Morte est bordé d’hôtels de luxe offrant accès privé à la plage et installations de spa — le Kempinski, le Marriott, le Movenpick — tous soignés et confortables, et facturés en conséquence. Mais la plage publique d’Amman Beach est tout à fait convenable et nettement moins chère, pour une expérience identique : la même eau, la même boue, la même flottabilité impossible. Nous y avons passé un après-midi et c’était suffisant, même si les piscines des complexes hôteliers — alimentées par l’eau minérale, sur fond de collines arides — sont franchement tentantes si le budget le permet.


La mer Morte se rétrécit. Elle perd environ un mètre de profondeur par an, conséquence du détournement des eaux du Jourdain par Israël, la Jordanie et la Syrie. Le trait de côte a dramatiquement reculé au cours des dernières décennies, et des effondrements se sont ouverts le long du rivage à mesure que les couches de sel souterraines se dissolvent. Des projets existent — canaux depuis la mer Rouge, dessalement, accords bilatéraux — mais la politique est aussi complexe que l’hydrologie. C’est un endroit qui disparaît en temps réel. Voyez-le maintenant. Flottez dedans maintenant. Laissez-le vous porter pendant qu’il en est encore capable.
Quand y aller : Toute l’année, mais le printemps (mars à mai) et l’automne (septembre à novembre) sont les plus agréables. L’été est brutalement chaud. Les complexes hôteliers fonctionnent toute l’année. Ne vous rasez pas avant de vous baigner — le sel se chargera de vous enseigner le regret.