Site du Baptême
"Le fleuve était étroit et boueux, et c'est précisément cela qui le rendait réel."
Béthanie au-delà du Jourdain — Al-Maghtas — se trouve sur la rive orientale du Jourdain, et c’est ici que Jean le Baptiste est censé avoir vécu et baptisé Jésus. Le site a été authentifié par le pape Jean-Paul II en 2000 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2015. Je ne suis pas croyant — j’ai grandi dans une famille vaguement catholique en France où l’église servait pour les mariages, les enterrements et Noël — mais j’ai visité suffisamment de lieux sacrés pour savoir que la foi n’est pas un prérequis pour être touché. Et cet endroit m’a touché.
Le chemin vers le fleuve
On arrive à un centre de visiteurs et on rejoint une visite guidée qui chemine à travers les fouilles archéologiques — une procession de ruines dont le poids émotionnel s’alourdit à mesure qu’on approche du fleuve. Les vestiges d’églises byzantines se regroupent près de la berge, leurs fondations encore visibles, leurs plans au sol révélant comment des communautés de foi s’organisaient autour d’un seul fait géographique : c’est ici que cela s’est passé. Des bassins baptismaux — certains datant du premier siècle, d’autres de l’époque byzantine — ponctuent le paysage, leur enduit encore intact par endroits, leurs marches descendant vers des bassins peu profonds qui ont autrefois contenu l’eau la plus sacrée de la chrétienté. Des grottes d’ermites creusées dans le flanc de la colline suggèrent que les premiers chrétiens venaient ici non seulement pour visiter mais pour rester — pour vivre à proximité du site comme une forme de dévotion permanente.

Le fleuve
Le Jourdain lui-même est la surprise. Si l’on s’attend à trouver la grande voie d’eau du récit biblique — le fleuve qui s’est ouvert pour Josué, dans lequel Naaman s’est baigné, que Jésus a traversé — on découvre à la place un cours d’eau étroit et boueux d’à peine cinq mètres de large, bordé de roseaux et de tamaris, coulant si lentement qu’il semble à peine se mouvoir. Cette modestie est en partie naturelle et en partie le résultat de détournements d’eau en amont, mais l’effet est saisissant. Le fleuve est réel. Ce n’est pas un monument, ni une reconstitution, ni un symbole. C’est un petit fleuve brun et tiède dans une vallée sèche, et les pèlerins y entrent depuis les deux rives — jordanienne et israélienne — la frontière courant en son centre, et l’émotion sur leurs visages transcende toute question d’archéologie ou d’authentification.
J’ai regardé un groupe de pèlerins brésiliens en robes blanches entrer dans l’eau en chantant des hymnes en portugais, leurs voix portant dans l’étroite vallée. De l’autre côté, côté israélien, un autre groupe — russe, d’après leurs chants — entrait depuis la rive opposée. Les deux groupes étaient séparés d’à peine trois mètres, divisés par un fleuve, une frontière et plusieurs milliers de kilomètres de géographie, réunis par une histoire qu’ils croyaient tous les deux et une eau dans laquelle ils plaçaient tous les deux leur confiance. Je suis resté sur la berge à regarder, et j’ai pensé à ce que signifie qu’un lieu soit sacré — non pas au sens théologique mais au sens humain. Un lieu devient sacré quand suffisamment de gens y apportent leurs espérances les plus profondes. Ce lieu les reçoit depuis deux mille ans, et l’accumulation est palpable.


Les nouveaux bâtiments d’église, offerts par des nations du monde entier, s’élèvent sur le flanc de la colline au-dessus des fouilles, chacun dans sa propre tradition architecturale — orthodoxe grecque, catholique romaine, arménienne, copte, orthodoxe russe — une diversité théologique rendue en pierre, en faïence et en feuille d’or. Le site est dépouillé, brûlé de soleil et exempt du commerce qui alourdit d’autres lieux saints. Il n’y a pas de boutiques de souvenirs à l’intérieur des grilles, pas de marchands ambulants, pas de perches à selfie. Sa puissance tient à sa simplicité, et au fait que le fleuve — si diminué soit-il — coule encore.
Quand y aller : D’octobre à avril pour des températures agréables. Les vendredis et dimanches voient affluer le plus de pèlerins. Le site est à courte distance en voiture de la mer Morte et d’Amman, ce qui permet de le combiner facilement. Une tenue modeste est exigée.