Ajloun
"Nous n'attendions pas de forêts en Jordanie, et Ajloun a entièrement renversé nos certitudes."
Ajloun surprend tous ceux qui ont imaginé la Jordanie comme un désert sans fin. Les collines ici sont couvertes de forêts de pins et de chênes, d’oliveraies en terrasses et de fleurs sauvages qui, au printemps, tapissent les pentes de couleurs qui ne détonneraient pas en Provence. Je suis arrivé depuis Jerash, à trente minutes au sud, et le changement de paysage était si saisissant que j’ai vérifié la carte deux fois. L’air était plus frais, la lumière plus verte, et l’odeur — résine de pin et thym sauvage — était méditerranéenne d’une façon qui m’a rendu nostalgique d’une France que je n’avais pas visitée depuis deux ans.
Le Château
Le château d’Ajloun — Qala’at ar-Rabad — fut bâti par l’un des généraux de Saladin, Izz ad-Din Usama, en 1184. Sa vocation était stratégique : contrôler les mines de fer d’Ajloun, garder les routes commerciales entre Damas et l’Égypte, et faire contrepoids à la forteresse croisée de Belvoir de l’autre côté de la vallée du Jourdain. Le château trône sur la colline la plus élevée de la région, et depuis ses tours on comprend immédiatement pourquoi ils ont choisi cet emplacement. Le regard porte au nord jusqu’au plateau du Golan, à l’ouest sur la vallée du Jourdain jusqu’aux collines de Palestine, et au sud en direction de la mer Morte — un panorama qui transforme la géographie en stratégie militaire d’un seul coup d’œil.

Le château lui-même est un labyrinthe de salles voûtées, d’escaliers étroits, de meurtrières et d’un fossé sec qui retenait autrefois les assaillants à distance. La maçonnerie est massive et brute — ceci fut construit pour défendre, non pour séduire — mais une grandeur austère se dégage des couloirs en arcs et de la façon dont la lumière filtre par les archères. Un petit musée à l’intérieur présente des pièces de l’histoire du château : poteries ayyoubides, monnaies mameloukes, inscriptions ottomanes. J’ai grimpé jusqu’à la tour la plus haute et je me suis arrêté là où les soldats de Saladin s’étaient tenus, contemplant un paysage si vert qu’il semblait impossible après tout ce que j’avais vu dans le reste du pays. En contrebas, le village d’Ajloun s’étalait sur le flanc de la colline, ses minarets se dressant au-dessus des oliviers, l’appel à la prière se répercutant sur les murs du château.
La Réserve Forestière
La réserve forestière d’Ajloun, gérée par la Société royale pour la conservation de la nature, est une Jordanie d’un autre genre — celle des forêts de chênes et de pistachiers, des sentiers ombragés par le feuillage, et d’un écolodge où l’hébergement consiste en simples cabanes en bois et où les repas sont préparés par des coopératives de femmes locales selon des recettes transmises de génération en génération. Nous avons parcouru le sentier Rockrose en fin d’après-midi, le chemin sinuant à travers une forêt de chênes sempervirents avec, par endroits, des clairières qui s’ouvraient sur des vues de la vallée en contrebas. Le chant des oiseaux était incessant — fauvettes, geais, pics — et parmi les fleurs sauvages, j’en ai reconnu que j’avais déjà croisées lors de promenades botaniques dans le Midi.


Les coopératives qui opèrent dans la réserve produisent de l’huile d’olive, des confitures, des herbes séchées et des savons artisanaux d’une qualité vraiment remarquable. J’ai acheté de l’huile d’olive pressée d’arbres qui produisent depuis des siècles — les oliviers les plus anciens de la région d’Ajloun seraient vieux de plus de cinq cents ans — et du savon élaboré avec cette même huile, parfumé à la lavande sauvage. Ajloun s’associe naturellement à Jerash pour une journée complète d’exploration du nord de la Jordanie, et ensemble, ils constituent un argument convaincant que la diversité jordanienne va bien au-delà des paysages désertiques qui dominent sa réputation.
Quand y aller : De mars à mai, quand les fleurs sauvages tapissent les collines. L’automne (septembre à novembre) est tout aussi agréable. L’écolodge de la réserve forestière doit être réservé à l’avance. À combiner avec Jerash pour une excursion à la journée depuis Amman.