Matsumoto
"Le château de Matsumoto se dresse, noir sur les sommets enneigés, comme une phrase qui dit tout de ce pays."
Je suis arrivé à Matsumoto par un matin assez froid pour voir mon souffle, descendant de l’express limité Azusa dans un air qui sentait vaguement le cèdre et quelque chose que les montagnes libèrent quand la neige est proche sans être encore tombée. Le château est apparu avant que je l’attende — au bout d’un boulevard rectiligne bordé de bâtiments bas, ses tours noires se détachant au-dessus de la ligne des arbres comme quelque chose d’imprimé plutôt que de construit.
Le château qui change de couleur
Le Matsumoto-jo est l’un des rares châteaux originaux encore debout au Japon, et tout en lui semble mérité. Les planches extérieures sont laquées de noir — un choix destiné à impressionner, et qui fonctionne encore aujourd’hui. J’ai longé le chemin du douves par Ote-machi, l’approche principale, en observant les tours passer du mat à quelque chose de presque irisé selon les mouvements de la lumière. Lia a fait remarquer que le reflet dans l’eau immobile était plus net que le château lui-même — les douves parfaitement lisses, les montagnes inversées sous les murailles sombres. Nous sommes restés à ce coin-là plus longtemps qu’il n’était raisonnable.
À l’intérieur, les planchers s’inclinent selon des angles qui désarçonnent tout sens de l’orientation. Les escaliers en bois sont assez raides pour exiger les deux mains. Au dernier étage, par les fenêtres étroites percées pour les archers, les pics de Hotaka remplissent chaque cadre. Je ne m’attendais pas à ressentir l’altitude à l’intérieur d’un château.
Nakamachi et le froid qui donne faim
Au sud du château, la rue Nakamachi-dori traverse un quartier marchand préservé où les anciens entrepôts kura — plâtre blanc, treillis noir — sont devenus des galeries et des cafés. La rue est assez courte pour qu’on la parcoure deux fois sans s’en apercevoir. Je me suis arrêté dans un établissement à l’angle qui servait des oyaki, épaisses poches de pâte farcies de légumes nozawana et de miso, cuites sur une plaque en fonte. La femme qui s’en occupait ne parlait pas français, je ne parlais pas japonais, et nous avons communiqué exclusivement par gestes — elle indiquait des choses, j’acquiesçais. Les oyaki coûtaient trois cents yens et avaient le goût de la chaleur particulière d’un endroit où l’on n’appartient pas tout à fait, mais auquel on est néanmoins admis.
La découverte inattendue est venue d’une ruelle perpendiculaire à Ote-machi : un bain public, un sento, sans aucune enseigne hormis un petit rideau noren dans l’encadrement de la porte. J’étais passé devant deux fois avant qu’un habitant me l’indique d’un geste, visiblement amusé. L’eau était presque trop chaude. Je suis resté jusqu’à ce que mes doigts s’engourdissent — ce qui est apparemment la bonne méthode.
La lumière de fin d’après-midi
La meilleure heure à Matsumoto est celle qui précède la fermeture du château, quand les foules à l’entrée se sont clairsemées et que la lumière de novembre frappe les douves selon un angle qui teinte tout d’ambre. Les montagnes retiennent la couleur le plus longtemps.
Quand y aller : De fin octobre à début novembre pour le feuillage automnal sur fond d’Alpes, ou fin janvier pour la neige sur le toit du château — mais réservez votre hébergement plusieurs semaines à l’avance, la ville est plus petite que sa réputation ne le laisse entendre.