Connemara ponies grazing beside a still lake with the Twelve Bens mountain range reflected in the water
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Connemara

"Là où c'est le ciel qui parle le plus."

Le Connemara, c’est l’Irlande qui existe au-delà du dernier village — là où la route se rétrécit, où les murets de pierre se multiplient et où le ciel devient l’élément dominant de chaque paysage. La chaîne des Douze Bens offre un arrière-plan montagneux et déchiqueté à une étendue de tourbières, de lacs sombres et d’un littoral si découpé que la carte ressemble à de la dentelle. Les poneys du Connemara — petits, trapus, magnifiques — broutent dans des champs délimités par des murets antérieurs à toute mémoire. La lumière ici change d’une minute à l’autre, passant d’un gris plombé à un or soudain et saisissant. J’ai traversé le Connemara par un jour où le temps a changé sept fois en trois heures, et chaque changement recréait entièrement le paysage — le même lac était menaçant sous les nuages et transfiguré sous le soleil, le tout le temps d’un café.

L’abbaye de Kylemore et Clifden

L’abbaye de Kylemore, un château victorien devenu monastère bénédictin, se dresse au bord d’un lac qui reflète les montagnes derrière elle — une vue si parfaite qu’elle semble artificielle, mais qui ne l’est absolument pas. Les sœurs vivent et travaillent toujours ici, et le jardin victorien clos a été restauré avec une patience que seule la vie monastique semble pouvoir offrir. Clifden, la capitale officieuse du Connemara, est une petite ville de bons restaurants et de pubs où les sessions musicales donnent l’impression de tourner sans interruption depuis la fondation de la ville. La Sky Road, juste à la sortie de Clifden, offre des panoramas depuis le bord des falaises sur une mer parsemée d’îles — je me suis arrêté trois fois en deux kilomètres.

The wild landscape of Connemara with mountains, bog, and dramatic skies

Les routes de la tourbière et le Gaeltacht

Roundstone est un village de pêcheurs doté d’un atelier de fabrication de bodhráns et d’un port où les barques à homards travaillent encore. Les routes qui traversent la tourbière mènent à un silence et une solitude qui semblent de plus en plus rares en Europe — j’ai garé la voiture et marché une heure dans la tourbière, le sol souple sous mes pieds, les seuls sons étant le vent et le cri d’un courlis, et j’ai eu la sensation de m’offrir le luxe le plus précieux qui soit : le silence véritable, sans interruption. C’est le pays du Gaeltacht — irlandophone, culturellement à part, résolument lui-même. Les panneaux routiers sont en irlandais uniquement, ce qui signifie qu’on navigue en partie à l’instinct — et cet instinct pousse presque toujours à s’arrêter pour regarder ce que fait la lumière.

Kylemore Abbey reflected in the still lake with mountains behind

Quand y aller : De mai à septembre, quand les routes sont praticables et la bruyère en fleur. En août, les tourbières virent au violet. Prévoir quatre saisons en une journée — ce n’est pas une métaphore, c’est la météo habituelle.