Îles Vestmann
"Les îles Vestmann sont une leçon sur ce que ça signifie d'appeler chez soi une île volcanique."
Il y a des endroits qui portent leur histoire discrètement, dans l’usure de la pierre ou l’angle des vieilles rues. Les îles Vestmann — Vestmannaeyjar — la portent dans des champs de lave noire qui sentent encore vaguement le soufre les jours de chaleur, dans des maisons dont les voisines ont été englouties en une seule nuit de janvier 1973, dans la résilience particulière d’un peuple qui a évacué dans le noir et est revenu déterrer ses cheminées sous les cendres.
Le ferry depuis Landeyjahöfn prend une quarantaine de minutes. Je suis resté à la proue à regarder Heimaey — la seule île habitée de l’archipel — se préciser dans la brume : le cratère Eldfell, rouge rouille contre un ciel d’étain, et en dessous le port compact et coloré, les bateaux de pêche cognant contre le quai. Ça avait un air improbablement joyeux pour un endroit qui avait failli cesser d’exister.
Ce que la lave a laissé
L’éruption de l’Eldfell a commencé sans avertissement à deux heures du matin, le 23 janvier. En quelques heures, toute la population — environ cinq mille personnes — avait été évacuée par bateau de pêche. Quand tout s’est arrêté, cinq mois plus tard, trois cents maisons gisaient sous des mètres de lave et de cendres. La nouvelle terre ajoutée au bord est de l’île était encore trop chaude pour qu’on puisse y marcher.
En parcourant le musée Eldheimar, construit autour des vestiges excavés d’une maison sur Gerviberabraut, je m’arrêtais sans cesse devant les petites choses : un pot en céramique à mi-étagère, la semelle d’une botte d’enfant. Ce vertige particulier qu’on ressent face au domestique interrompu. Dehors, un champ de lave commence là où s’arrête une rue, juste après un mur jaune qui a, on ne sait comment, survécu. J’ai passé un long moment devant ce mur.
Macareux, falaises et le vertige de Lia
Les falaises marines de Heimaey sont extraordinaires — des colonnes volcaniques qui plongent à pic dans l’Atlantique Nord, avec des centaines de milliers de macareux moines nichant dans l’herbe juste en retrait du bord. Lia, qui ne partage pas mon enthousiasme pour me pencher au-dessus du vide, attendait assise sur un rocher pendant que je me glissais sur le ventre pour observer un macareux atterrir avec un bec plein de lançons, totalement indifférent à ma présence. Le vent sentait le sel froid, les oiseaux, et quelque chose d’ancien.
Ce qui m’a vraiment surpris, c’est la scène culinaire. Je m’attendais à un petit village de pêcheurs aux options limitées. À la place, chez Einsi Kaldi sur Bárustígur, j’ai mangé les langoustines les plus fraîches de ma vie — fendues, grillées, finies avec du beurre et de l’aneth — en regardant le port à travers une fenêtre embuée pendant que la radio de la cuisine passait quelque chose en islandais que je ne comprenais pas, mais que je trouvais étrangement réconfortant.
Quand y aller : De mai à août, l’accès aux colonies de macareux est optimal et les traversées en ferry plus prévisibles. Juillet coïncide avec le festival Þjóðhátíð, une immense célébration en plein air qui attire des Islandais de tout le pays — réservez votre hébergement des mois à l’avance si vous souhaitez y assister.