Dahab, c’est ce qui se passe quand un village de pêcheurs bédouin, un itinéraire de routards et un site de plongée de classe mondiale se rencontrent et décident qu’ils apprécient plutôt la compagnie des uns et des autres. Nichée sur la côte est de la péninsule du Sinaï, face à l’Arabie saoudite de l’autre côté du golfe d’Aqaba, c’est l’anti-Charm el-Cheikh — pas de complexes hôteliers en hauteur, pas de bracelets tout-compris, pas de vie nocturne importée. À la place, il y a des cafés en bord de mer avec coussins où les chats sont plus nombreux que les serveurs, une rue principale qui tourne à l’heure des tongs, et un système récifal si accessible et si riche qu’on peut voir en eau peu profonde des choses que les plongeurs d’ailleurs dépensent des milliers pour trouver.
La ville a une qualité magnétique dont les voyageurs se préviennent mutuellement. Les gens viennent pour trois jours et repartent au bout de trois semaines, leur date de départ repoussée discrètement chaque matin devant un jus de mangue et une vue sur les montagnes qui rosissent à l’aube. Il y a un mot que les locaux utilisent — bokra, qui signifie « demain » — et à Dahab il fonctionne moins comme une unité de temps que comme une philosophie.
Le Blue Hole et les récifs
Le Blue Hole est l’attraction la plus célèbre de Dahab et l’un des sites de plongée les plus légendaires de la planète. Un trou presque parfaitement circulaire dans le récif, il plonge à 130 mètres de profondeur, ses parois incrustées de corail et ses abysses abritant une arche notoire à cinquante-six mètres qui relie le trou à la pleine mer. L’arche a attiré — et, il faut le dire, réclamé — des apnéistes avancés et des plongeurs techniques pendant des décennies, sa combinaison de profondeur, de beauté et de danger lui conférant une réputation quasi mythique dans le monde de la plongée.
Mais le génie de Dahab, c’est qu’on n’a pas besoin d’être expert pour vivre des expériences sous-marines extraordinaires. Le récif du Lighthouse, à quelques pas du centre-ville, est l’une des meilleures plongées depuis le rivage de la mer Rouge — on entre littéralement depuis la plage, et en quelques minutes on dérive au-dessus de jardins de corail grouillant de rascasses, murènes, poissons-perroquets, et l’occasionnelle tortue glissant avec la grâce nonchalante de quelque chose qui n’a nulle part où aller. Le site du Canyon serpente à travers des crevasses sous-marines remplies de poissons de verre qui s’écartent autour de vous comme des rideaux vivants d’argent. Les Îles, à une courte distance en voiture au nord, offrent des plateaux de corail vierges et la possibilité de rencontrer des dauphins dans les eaux bleues au-delà de la bordure du récif.

L’ambiance
Au-dessus de l’eau, Dahab fonctionne sur un rythme qui doit plus à la marée qu’à n’importe quelle horloge. La promenade du front de mer de la baie de Masbat est le cœur social de la ville — un chapelet de restaurants en plein air et de cafés construits sur des plateformes au-dessus de l’eau, où l’on mange du poisson grillé et boit du thé à l’hibiscus en regardant le soleil se coucher derrière les montagnes du Sinaï. La nourriture est simple et bonne : prises fraîches du jour, mezzé égyptien, pain bédouin cuit dans le sable, et l’inévitable wrap de falafels qui a inexplicablement meilleur goût quand on le mange pieds dans le sable et cheveux raidis par le sel.
La communauté de voyageurs ici est un mélange particulier — des apnéistes s’entraînant pour des records de profondeur, des profs de yoga venus pour une semaine en 2019, des nomades numériques carburant au café égyptien et au loyer bon marché, et des guides bédouins qui se déplacent entre le désert et la mer avec une aisance qui suggère qu’aucun des deux éléments ne leur est étranger. Dahab attire les gens légèrement allergiques aux plans, et elle les en récompense.
La culture bédouine et le désert
Le désert du Sinaï commence aux portes de la ville et s’étend dans l’une des régions sauvages les plus belles et les moins visitées du Moyen-Orient. Les communautés bédouines de l’intérieur — principalement la tribu Muzeina dans la région de Dahab — proposent des randonnées guidées dans des canyons de grès, des campements nocturnes sous des ciels si clairs que la Voie lactée projette une faible ombre, et une tradition d’hospitalité qui traite chaque hôte comme un cadeau. Un dîner bédouin dans le désert — pain plat, thé infusé sur les braises, chèvre rôtie lentement, le silence d’un paysage qui n’a pas changé depuis des millénaires — est l’une de ces expériences qui recalibre votre conception de ce qui constitue une bonne soirée.
Les randonnées à dos de chameau vont de quelques heures à des expéditions de plusieurs jours à travers wadis et oasis, et le paysage récompense chaque kilomètre — grès rosé, arches sculptées par le vent, acacias accrochés à des lits de rivières asséchés, et un silence si complet qu’il devient un son à part entière.
Excursion au Mont Sinaï
À quelques heures de route de Dahab, le Mont Sinaï (Jebel Musa) s’élève à 2 285 mètres au-dessus du sol désertique, et la randonnée pré-aube jusqu’à son sommet est l’une des expériences les plus emblématiques d’Égypte. Les voyageurs partent vers 2 heures du matin, grimpant à la lumière des lampes frontales à travers un paysage de rochers et de lacets, arrivant au sommet juste au moment où le soleil se lève au-dessus des montagnes d’Arabie saoudite et que toute la péninsule du Sinaï se déploie en contrebas dans des tons d’or et de violet. Au pied, le Monastère Sainte-Catherine — l’un des plus anciens monastères chrétiens en activité continue au monde, construit au sixième siècle — abrite une bibliothèque de manuscrits anciens qui n’a de rivale que celle du Vatican. La combinaison d’effort physique, d’histoire spirituelle et de pur spectacle visuel vaut chaque heure de sommeil perdue.
Quand y aller : Toute l’année, mais d’octobre à mai offre le meilleur équilibre entre température de l’eau agréable et soirées confortables. Mars et avril apportent les vents de khamsin, qui soulèvent le sable mais créent aussi d’excellentes conditions pour la planche à voile et le kitesurf. L’été est chaud mais la mer reste accueillante, et la ville se vide assez pour ressembler à un secret local. Pour le Mont Sinaï, les mois les plus frais sont essentiels — le sommet peut être vraiment froid avant l’aube, même quand Dahab est chaude au niveau de la mer.